Prix franceinfo de la BD d'actualité et de reportage : "Ce livre est un hommage au dessin tout court", confie le lauréat Luz

Le dessinateur Luz, le 13 janvier 2015.
Le dessinateur Luz, le 13 janvier 2015. (THOMAS PADILLA / MAXPPP)

Le caricaturiste revient sur son prix, une manière de rendre hommage aux dessinateurs de "Charlie", morts lors des attentats de janvier 2015, selon lui.

"Ce livre est un hommage au dessin tout court. En célébrant Indélébiles, on célèbre aussi le métier de dessinateur [...] Et puis surtout on célèbre de la meilleure manière la mémoire des gens qui sont partis, en célébrant leurs rires, leur puissance et leurs dessins", a déclaré mercredi 16 janvier sur franceinfo le dessinateur Luz, lauréat du 25e prix franceinfo de la bande dessinée d'actualité et de reportage pour son livre Indélébiles.

C'est une BD de 320 pages, parue aux éditions Futuropolis, dans laquelle le dessinateur originaire de Tours raconte la "famille Charlie" : Charb, Tignous, Cabu etc. Tous morts, tués le 7 janvier 2015 dans les locaux de Charlie Hebdo. Indélébiles, c'est donc l'histoire d'un jeune homme qui était dessinateur et qui a rencontré d'autres dessinateurs.

franceinfo : Ce livre est-il un hommage aux dessins de presse ?

Luz : C'est marrant parce que j'ai quitté l'actualité il y a un petit moment et du coup je trouve ça fort que ce livre-là – qui parle des années Charlie et qui parle aussi des gens qui étaient aussi la voix, le crayon de toute une époque – soit célébré. Ce livre est un hommage au dessin tout court. En célébrant Indélébiles, on célèbre aussi le métier de dessinateur qui est un métier vaste où on fait du dessin de presse mais pas seulement, on fait aussi du dessin de reportages, parce que je parle beaucoup de reportages. Et puis surtout on célèbre de la meilleure manière la mémoire des gens qui sont partis, en célébrant leurs rires, leur puissance et leurs dessins. J'espère qu'après avoir lu Indélébiles, les gens vont aussi se jeter à nouveau sur les œuvres de Charb, de Tignous, de Cabu... Sans avoir de pincement au cœur, parce que c'est d'abord d'éclats de rires dont on parle.

Est-il toujours possible pour vous de dessiner l'actualité ?

J'ai essayé parfois. Par exemple sur l'affaire Benalla, justement c'est un personnage magique. Dès que je l'ai vu aux auditions du Sénat, quand j'ai vu la tête de premier de la classe qu'il s'était fabriqué, là j'avais envie de le dessiner. Après, tout ne se renouvelle pas. En même temps, on a eu la merveilleuse crise des "gilets jaunes", là moi j'aurais eu envie que quelqu'un comme Charb ou Cabu dessine la crise des "gilets jaunes". Ça aurait été excitant et très drôle.

Est-ce que vous avez le sentiment que le dessin de presse fait partie d'une époque révolue, qui reviendra peut-être, mais révolue avec ce qu'il s'est passé à Charlie ?

Pas révolue, mais je pense qu'il y a un avant et un après. C'était déjà le cas avant le 7 janvier 2015. L'avant et l'après avaient déjà commencé au moment des caricatures de Mahomet, au moment où tout à coup, on a mis une responsabilité presque mondiale sur la tête du dessinateur pas très dangereux. Je pense que c'est quelque chose qui maintenant – quand on a une vocation de dessinateur de presse – fait réfléchir. Mais il y a d'autres choses qui sortent, notamment sur internet, peut-être plus narratives, moins dans l'instantané de l'actualité ou alors, au contraire, encore plus dans l'instantané de l'actualité. Moi je suis assez optimiste.

Dans Indélébiles, une figure domine : celle de Cabu. En quoi était-il un maître pour les dessinateurs ?

Parce qu'il savait tout faire. C'était celui qui pouvait dessiner dans sa poche, qui pouvait dessiner les personnages politiques indessinables, qui pouvait faire du reportage... C'est celui qui m'a fait publier mon premier dessin. Mais en dehors de ça, c'était pour tout le monde celui vers lequel on se tournait quand on avait un problème de dessin. En parlant avec d'autres dessinateurs (pas forcément des dessinateurs de Charlie) notamment le regretté Loup qui a disparu et qui disait que quand on avait un problème pour dessiner un personnage politique, tous les dessinateurs se mettaient d'accord pour regarder ce qu'il avait fait dans le Canard Enchaîné ou dans Charlie. C'était toujours le premier à dégainer.

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