Charlie Hebdo, cinq ans après : "La vie, je ne la vois plus de la même manière", témoigne Michel Catalano, l'imprimeur de Dammartin-en-Goële

Michel Catalano dans son imprimerie de Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne), le 29 septembre 2016.
Michel Catalano dans son imprimerie de Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne), le 29 septembre 2016. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Cinq ans après les attentats de Charlie Hebdo et de l'Hyper Cacher, la France se recueille en hommage aux 17 victimes. Une épreuve pour les survivants, victimes collatérales comme Michel Catalano, patron de l'imprimerie où s'étaient retranchés les terroristes.

"Je ne suis plus la même personne. La vie, je ne la vois plus de la même manière" : cinq ans après la prise d'otages dans son imprimerie, Michel Catalano ressent encore une boule au ventre quand il ouvre les portes de son imprimerie, à Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne). C'est là où s'étaient retranchés les frères Kouachi, auteurs des attentats de Charlie Hebdo, avant d'être abattus par la police le 9 janvier 2015. "Tous les matins j'ai toujours effectivement un nœud à l'estomac", explique-t-il.

"Je sens que mon corps ressent quelque chose"

Pendant les commémorations, ses angoisses deviennent physiques. "Chaque année depuis 2015, cette date représente un moment un peu difficile à vivre", avoue-t-il, la voix grave. S'il pensait pouvoir passer cette année de façon plus apaisée, il s'aperçoit que ce n'est toujours pas le cas. "Au-delà de cette date anniversaire, physiquement, je sens que mon corps ressent quelque chose. Je suis plus fatigué à cette période-là et je l'anticipe un petit peu. Je dors moins bien, presque pas. C'est même le corps qui, lui, a des symptômes", dit-il. Chaque année, entre le 7 et le 9 janvier, Michel Catalano essaie de "faire face à ces moments difficiles."

Même si son imprimerie est toujours déficitaire, son travail l'aide à aller mieux, tout comme témoigner dans des écoles, des prisons ou des entreprises sur sa transformation. "Par exemple à Noël, on a passé des moments en famille. Je me rends compte de l'importance de tous ces moments beaucoup plus qu'à l'époque. Je me rends compte que, quand je sors et qu'il fait beau, c'est magnifique", ajoute-t-il.

Je me rends compte des priorités, c'est ça que ça a changé en moi.Michel Catalanoà franceinfo

Michel Catalano redoute le procès aux assises qui démarre en mai prochain, en l'absence des trois auteurs des attentats. Il avoue ressentir "une certaine appréhension. Je verrai au fur et à mesure des mois comment je vais m'y préparer."

Mais il n'attend pas grand-chose du procès prévu en mai 2020. "Je pense que j'aurai pratiquement très peu de réponses à beaucoup de questions que je me posais. On en attend toujours beaucoup." Mais au-delà du seul procès, pour lui, "l'objectif c'est d'aller de l'avant. Le procès fait partie de ce processus", conclut Michel Catalano.

Michel Catalano, l'imprimeur de Dammartin-en-Goële, témoigne au micro de Sandrine Etoa-Andegue
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