Les jours fériés du mois de mai, c'est vraiment un brin de croissance en moins ?

Une vente de muguet dans les rues de Steenvoorde (Nord), le 1er mai 2014.
Une vente de muguet dans les rues de Steenvoorde (Nord), le 1er mai 2014. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

Alors que le mois de mai 2015 ne compte que 17 jours ouvrés, le vice-président du Medef, Thibault Lanxade, réclame la suppression de deux jours fériés, jeudi 30 avril, dans "Le Parisien", pour relancer l'économie française.

Alors que le muguet est en fleurs, tous les ans, les mêmes voix dénoncent en chœur le trop grand nombre de jours fériés en France. Le joli mois de mai concentre les critiques, avec ses nombreux jours fériés et ses ponts au programme. Depuis un an, le Medef, la principale organisation patronale française, propose notamment de supprimer deux jours fériés, afin d'aider une économie atone et sans énergie, avec ce message en filigrane : les jours fériés pénalisent la France. Vrai, faux ? Tentons d'y voir clair.

Un mois de mai encore plus léger que d'habitude ?

"Il faut réduire les nombres de jours chômés pour relancer la croissance", tonne l'économiste Marc Touati, jeudi 30 avril sur RMC. "Pour la première fois depuis 1970, les Français ne travailleront que 16 jours." Certes, il est tentant de poser un jour le vendredi 15 mai, afin de faire le pont de l'Ascension. Mais ce sont bien 17 jours ouvrés qui sont au programme. Ce qui reste tout de même un record.

Quatre des onze jours fériés prévus par la loi tombent au mois de mai : le 1er-Mai, le 8-Mai, l'Ascension et le lundi de Pentecôte. Le nombre de jours ouvrés dépend donc du calendrier, puisque les jours fériés peuvent tomber le week-end. A ce petit jeu, l'année 2015 réserve une bonne surprise aux salariés.

Le calcul un peu trop rapide du Medef

La Finlande (15) ou l'Espagne (14) sont pourtant plus généreux en la matière. Qu'importe, des voix s'élèvent chaque année pour dénoncer le nombre de jours chômés en France. "Deux jours [chômés] de moins, c'est pratiquement un point de PIB supplémentaire, soit 100 000 emplois", estime le vice-président du Medef Thibault Lanxade, interrogé dans Le Parisien, jeudi.

Pour aboutir à un point de PIB, il faut imaginer 200 jours travaillés, et donc déduire les RTT et les congés. C'est un choix. Il y a 251 jours ouvrés en France. En théorie, ces deux jours chômés de moins représenteraient plutôt 0,8 point de PIB supplémentaire. Mais en pratique, certaines entreprises peuvent anticiper ces situations, en augmentant leur production en conséquence.

Deuxième présupposé du Medef : il n'y a aucune activité économique les jours fériés, ce qui est plus discutable. "Le 1er-Mai, par exemple, il y aura des transports, les télés, les radios, certains commerces le matin. Il y a aussi des entrepreneurs individuels, des agriculteurs..." précise l'économiste Alexandre Delaigue, blogueur sur Classe Eco. "Certaines entreprises s'arrêtent, d'autres font comme d'habitude et d'autres, enfin, bénéficient d'un regain d'activité, comme dans le secteur du tourisme." Bref, le chiffre de 0,8 est surévalué, car "ce calcul est absurde".

Un effet marginal (mais réel) sur la croissance

Comme l'a mis en évidence l'économiste Eric Heyer, de l'OFCE, les effets de ces jours fériés sur l'économie varient selon la conjoncture. Quand la demande est forte, les entreprises sont davantage gênées, car il peut être nécessaire de recourir aux heures supplémentaires pour honorer le carnet de commandes. Ces temps-ci, alors que la demande est justement trop faible, la marge d'ajustement des entreprises est relativement souple.

Pourtant polémique, la question n'a pas fait l'objet d'études précises. Il faut donc se tourner vers l'Insee, qui calcule l'effet sur la croissance du calendrier et du nombre de jours ouvrés. Prenons donc l'année 2015. Les Français vont travailler un mercredi et deux vendredis de moins qu'en 2014, tandis qu'ils devront fournir des efforts "un lundi et trois jeudis de plus. Le 1er novembre tombera un dimanche, et il y aura encore un samedi férié (le 15 août)." Au total, indique l'Insee (PDF), il y aura donc un jour ouvré de plus (252) qu'en 2014 (251).

Un jour chômé en moins, c'est un coup de fouet pour l'économie française ? Pas vraiment, en considérant cette fois la variation d'une année sur l'autre. "Au total, l’effet sur la croissance serait positif en 2015 [par rapport à 2014], de l’ordre de 0,06 point". Attention, toutefois, précise Alexandre Delaigue. "Il faut voir que c'est quelque chose de l'épaisseur d'un trait. Pour quelqu'un qui gagne 2 000 euros net par mois, cela représenterait 12 euros sur l'année... Au final, cette somme est noyée dans une série d'autres effets." D'une année sur l'autre, un jour de plus ou de moins a donc peu d'effet sur la croissance. Allez, bon 1er-Mai à tous.

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