La commission Stiglitz rend son rapport

Joseph Stiglitz le 14 février 2008 à La Défense
Joseph Stiglitz le 14 février 2008 à La Défense (© AFP/Pierre Verdy)

La commission présidée par Joseph Stiglitz a soumis lundi à Nicolas Sarkozy ses pistes pour mieux mesurer la croissance

La commission présidée par Joseph Stiglitz a soumis lundi à Nicolas Sarkozy ses pistes pour mieux mesurer la croissanceLa commission présidée par Joseph Stiglitz a soumis lundi à Nicolas Sarkozy ses pistes pour mieux mesurer la croissance

Elle recommande notamment de mettre davantage l'accent sur la mesure du bien-être.

La commission de 22 experts, dirigée par l'ancien Nobel d'économie, avait été chargée par le chef de l'Etat d'une mission pour améliorer la mesure de la croissance économique et corriger les carences du PIB.

"La France se battra pour que toutes les organisations internationales modifient leur système statistique en suivant les recommandations" de la commission Stiglitz, a déclaré le président français qui s'exprimait à la tribune du grand amphithéâtre de la Sorbonne après la remise officielle du rapport.

"Une réflexion collective est désormais engagée, elle ne s'arrêtera pas", a-t-il ajouté, appelant à "un autre avenir, un autre modèle, un autre monde", et soulignant que "la crise nous y obligeait".

Mettre l'accent sur le bien-être

Une série d'indicateurs doit être instaurée pour mettre davantage l'accent, dans les statistiques économiques, sur la mesure du "bien-être" que sur celle de la production, recommande le rapport.

Actuellement, la croissance est mesurée par le PIB (produit intérieur brut), qui prend en compte les biens et services marchands.

Ces experts souligne sont insuffisance, expliquant par exemple que "les embarras de la circulation peuvent faire croître le PIB du fait de l'augmentation de la consommation d'essence" sans pour autant améliorer la qualité de vie, pouvant conduire à une "vision biaisée" des tendances économiques.

"Le PIB n'est pas (...) erroné en soi, mais utilisé de façon erronée", notamment quand il est présenté comme "une mesure du bien-être économique", ajoute le rapport. Cette confusion risque d'aboutir à des "indications trompeuses" et d'entraîner des "décisions politiques inadaptées", selon le document qui préconise donc de compléter le PIB par "une série d'indicateurs".

Ces nouveaux instruments devraient notamment permettre de prendre en compte les activités non-marchandes (travaux domestiques, bénévolat), les conditions de vie matérielles (revenu par catégorie sociale), la santé ou l'insécurité, tout en reflétant davantage les inégalités sociales, générationnelles, sexuelles et celles tenant à l'origine culturelle. La commission plaide également pour des indicateurs prenant en compte l'environnement.

Le PIB se voit adresser trois principaux reproches. D'une part, il n'intègre que les activités marchandes qui donnent lieu à rémunération et ne reflèterait pas l'amélioration des conditions de vie. D'autre part, cet indicateur ne reflète pas certaines inégalités. Par exemple, le PIB d'un pays peut augmenter alors que le chômage progresse. Enfin, il ne prend en compte que la valeur économique créée par une activité sans évaluer la perte qu'elle peut occasionner, notamment sur l'environnement.

L'ONU a bien mis en place son propre indicateur, l'indice de développement humain, imité par certains pays (le Bonheur intérieur brut au Bhoutan) mais le PIB demeure la référence pour évaluer la puissance économique des Etats.

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