Pour protester contre la perte de leur emploi, ils brûlent du papier pour billets de banque étrangers

Un salarié de l\'entreprise Arjowiggins devant son usine, le 28 janvier 2019 à Jouy-sur-Morin (Seine-et-Marne).
Un salarié de l'entreprise Arjowiggins devant son usine, le 28 janvier 2019 à Jouy-sur-Morin (Seine-et-Marne). (SARAH BRETHES / AFP)

Leur usine, qui imprime des billets de banque et des papiers officiels, est en liquidation judiciaire le 16 janvier.

Un brasero contre leur licenciement. Les salariés d'une papeterie à l'arrêt depuis la mi-janvier ont brûlé, mercredi 6 février, à Jouy-sur-Morin (Seine-et-Marne) du papier pour billets de banque mexicains, indonésiens et israéliens, pour passeports, cartes grises et chèques. Ils occupent ce site depuis la liquidation judiciaire le 16 janvier de l'entreprise d'Arjowiggins Security, ancienne filiale du groupe papetier Sequana vendue l'an dernier à un fonds d'investissement suisse, Blue Motion Technologies Holding.

Ils n'espèrent plus la reprise de l'activité, mais une prime de licenciement "extralégale" de 50 000 euros pour chacun des 240 salariés. Pour interpeller le gouvernement, les salariés avaient déjà brûlé une partie de leur stock de papier pour cartes grises, passeports et chèques de banque. Mais, selon le délégué CGT Patrice Schaafs, l'Etat "fait mine de s'en désintéresser totalement".

"On a des crédits, un frigo à remplir"

Les salariés ont donc franchi une nouvelle étape mercredi en jetant au feu du papier pour billets de banque destiné à leurs clients en Israël, en Indonésie et au Mexique, selon Schaafs. Ils comptent également des clients en Belgique, en Chine, en Allemagne, en Inde et au Royaume-Uni.

Le délégué syndical espère maintenant que les ambassades des pays clients de l'usine vont "s'adresser à l'Etat pour lui demander des comptes". Nombre de salariés observaient le brasier, l'air abattu. "C'est triste. Je pense que c'est nos dernières cartouches", a commenté Marie-Line, 60 ans, dont 12 dans cette usine. Plusieurs membres de sa famille y travaillent aussi : "Il n'y avait que ça dans la région."

"C'est foutu pour nos emplois, maintenant on veut partir dignement. Comme tout le monde, on a des crédits, un frigo à remplir", a souligné Rémy, 36 ans, se disant prêt à se battre "jusqu'au bout". Devant "le fruit de notre travail qui part en fumée", "on a tous les larmes aux yeux", a lancé Patrice Schaafs. Le syndicaliste a annoncé la mise en place d'une cellule d'aide psychologique. "Parmi vous, il y en a qui vont très, très mal. C'est pas une honte", a-t-il insisté.

Vous êtes à nouveau en ligne