Fusion entre Fiat Chrysler et PSA : quatre raisons qui ont poussé le groupe italo-américain à choisir un autre constructeur français après Renault

John Elkann, le patron de Fiat Chrysler, le 1er juin 2018 à Balocco (Italie).
John Elkann, le patron de Fiat Chrysler, le 1er juin 2018 à Balocco (Italie). (PIERO CRUCIATTI / AFP)

Quelques mois après l'échec du mariage avec Renault-Nissan, Fiat Chrysler a jeté son dévolu sur l'autre grand groupe automobile français afin de "construire un leader mondial et entrer dans une nouvelle ère de la mobilité durable".

Le marié n'est plus le même. Après l'échec de sa fusion avec Renault, en juin 2019, le constructeur italo-américain Fiat Chrysler (FCA) a décidé de s'unir à un autre groupe Français, PSA. Le rapprochement entre les deux entreprises a été officialisé, jeudi 31 octobre, dans un communiqué commun. "Groupe PSA et FCA envisagent d’unir leurs forces pour construire un leader mondial et entrer dans une nouvelle ère de la mobilité durable", annoncent-ils.

Franceinfo vous explique pourquoi FCA et son patron Johnn Elkann ont opéré ce retournement d'alliance.

Un besoin d'alliance très fort pour FCA

Les raisons qui poussaient FCA à se rapprocher de Renault le printemps dernier n'ont pas disparu avec l'échec de cette alliance. Le constructeur cherchait un partenaire depuis plusieurs années – il avait déjà tenté de se rapprocher de General Motors en 2015, comme le raconte le New York Times (article en anglais) – pour combler sa faiblesse sur le marché européen et, surtout, son retard sur la motorisation électrique. "Ils sont en pleine déconfiture. Ils n'ont pas de plateforme pour le véhicule électrique et aucun plan produit pour Fiat", expliquait en mai, aux Echos, un connaisseur du secteur.

Un mariage à deux plutôt qu'à trois

PSA semble également être un fiancé plus simple que Renault : le mariage est négocié entre deux partenaires, contre trois lors de la précédente union, avec le Japonais Nissan, allié historique de Renault. "Senard [le patron de Renault] et Elkann [le patron de FCA] avaient sous-estimé les difficultés d'un ménage à trois. Renault n'a pas clarifié ses liens avec Nissan et le système japonais. Dans le cadre d'une fusion avec PSA, le chinois DongFeng [actionnaire du groupe français] pourra se laisser diluer", avance Giuseppe Berta, professeur à l'université Bocconi de Milan et spécialiste de l'histoire industrielle de Fiat dans Les Echos.

Le groupe fondé par la famille Peugeot est en outre beaucoup moins lié à l'Etat français que Renault, une ancienne entreprise publique dont la France reste le premier actionnaire. En juin, FCA avait ainsi expliqué que l'échec de son alliance avec Renault était dû à l'Etat français, en estimant que "les conditions politiques [n'étaient] actuellement pas réunies en France pour mener à bien un tel rapprochement".

Une direction plus solide

Pour certains observateurs, ce retournement s'explique aussi par le CV de l'homme qui dirigera le futur groupe, Carlos Tavares. L'actuel président de PSA "a les compétences et le charisme pour mener à bien une mégafusion", estime le Financial Times (article en anglais), qui rappelle que Tavares a réussi à intégrer Opel au groupe PSA.

L'agence Bloomberg (en anglais) estime que la famille Agnelli, propriétaire historique de Fiat et toujours représentée par John Elkann à la tête du groupe, a trouvé dans le Portugais "l'héritier du leg de Marchionne", l'ancien patron de FCA décédé en mai 2018. "Les deux hommes ont remis en ordre de marche des entreprises jugées irrécupérables", note l'agence américaine. Renault, dans la tourmente depuis l'arrestation de son PDG, Carlos Ghosn, le 19 novembre 2018 au Japon, n'offrait pas les mêmes garanties.

Une alliance complémentaire

Sur le papier, PSA et Fiat semblent avoir une certaine complémentarité. "C'est une très belle opération, très logique pour les deux groupes... bien d'avantage que ne l'était un mariage avec Renault", estime un dirigeant du secteur dans Les Echos. La fusion pourrait ainsi permettre au français de revenir sur le marché américain grâce notamment aux Dodge et Jeep de son allié, tandis que FCA consoliderait ses positions en Europe, où il est en perte de vitesse.

Selon plusieurs experts du secteur, PSA pourra également apporter une certaine expertise en termes d'électrification des véhicules, tandis que FCA peut proposer des voitures haut de gamme avec ses marques Alfa Romeo ou Maserati.

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