Prélèvement à la source : "Beaucoup de gens vont avoir une mauvaise surprise à la fin du mois de janvier"

Un bulletin de salaire avec une ligne dédié au prélèvement à la source. 
Un bulletin de salaire avec une ligne dédié au prélèvement à la source.  (1 / MAXPPP)

Virginie Pradel, fiscaliste et présidente de l'Institut Vauban, met en garde contre la mise en place du prélèvement à la source qui pourrait impacter le pouvoir d'achat des Français en cas d'erreur. 

La réforme du prélèvement à la source qui entre en vigueur le 1er janvier risque de réserver "une mauvaise surprise" pour "beaucoup de gens", a affirmé sur franceinfo vendredi 28 décembre Virginie Pradel, fiscaliste et présidente de l'Institut Vauban. "On n'a pas fait assez de pédagogie sur l'impact des taux", souligne-t-elle en rappelant que la grande majorité des salariés ont gardé le taux qui s'appliquait par défaut.

franceinfo : Peut-on s'attendre à des dysfonctionnements lorsque la réforme entrera en vigueur ?

Virginie Pradel : Déjà aujourd'hui il y a des centaines de milliers de bugs chaque année. Cependant, ces bugs concernent les avis d'imposition que vous pouvez toujours modifier avant de payer votre impôt. Mais bientôt ces bugs se traduiront directement sur le salaire qui vous sera versé à la fin du mois. Il y a 38 millions de foyers fiscaux, on ne peut pas éviter les erreurs. Simplement, elles vont désormais se traduire directement sur le compte en banque. De plus, s’il y a une erreur, vous ferez une demande de régularisation. Mais cela peut prendre plusieurs mois.

On a une fiscalité complexe en France avec de nombreux abattements et niches fiscales. Est-ce que le pays est adapté à cette réforme du prélèvement à la source ?

Pas du tout. Le prélèvement à la source n'est pas une mauvaise chose en soi. Cela se passe très bien dans de nombreux pays. Mais en France, l'impôt sur le revenu ce sont des dizaines et des dizaines de crédits, de réductions d'impôt, de cas particuliers. Des centaines de pages ont été écrites par l'administration fiscale pour expliquer le prélèvement à la source. Et cela est dû au fait que notre impôt est très complexe. [...] Gageons qu'Emmanuel Macron profitera de cet événement pour opérer rapidement une réforme parce que l'on ne peut pas rester avec une telle usine à gaz. Aujourd'hui on va prélever, pour chaque individu, un impôt qui est calculé au niveau de la famille. On se retrouve avec trois taux d'imposition différents. Les contribuables ne sont absolument pas préparés à ça. J'ai interrogé de nombreux salariés en leur demandant quelle serait la somme prélevée sur leur salaire à la fin du mois. Ils n'en ont aucune idée. Et je pense que beaucoup de gens vont avoir une mauvaise surprise à la fin du mois de janvier, à commencer par les retraités.

La question du taux qui s'applique aux contribuables est-elle problématique ?

Oui, parce que plus de 94% des salariés n'ont pas modifié le taux qui s'applique par défaut. Ils ont donc gardé le taux personnalisé au lieu d'opter pour le taux individualisé et le taux neutre. Mais ce taux personnalisé n'est pas du tout adapté aux foyers fiscaux où l'un des deux membres du couple gagne plus que l'autre parce que le même taux va s'appliquer sur les deux salaires. Or, appliquer, par exemple un taux de 10% sur un salaire de 2 000 euros ou de 6 000 euros, ce n'est pas la même chose. On n'a pas fait assez de pédagogie sur l'impact de ces taux.

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