Hausse des loyers à Berlin : "Beaucoup de ménages consacrent plus de la moitié de leurs revenus pour se loger"

Des milliers de personnes ont défilé à Berlin contre la hausse des loyers, le 6 avril 2019.
Des milliers de personnes ont défilé à Berlin contre la hausse des loyers, le 6 avril 2019. (ODD ANDERSEN / AFP)

Cette hausse des loyers, "c'est un phénomène qui est partout répandu en Europe", a affirmé samedi sur franceinfo Cécile Maisonneuve, présidente de La Fabrique de la Cité et membre du comité scientifique de l’institut AMS.

"Beaucoup de ménages berlinois", qui est une "ville de locataires à 80%, consacrent plus de la moitié de leurs revenus pour se loger", a indiqué samedi 6 avril sur franceinfo Cécile Maisonneuve, présidente de La Fabrique de la Cité et membre du comité scientifique de l’institut AMS (Amsterdam Institute for Advanced Metropolitan Solutions), des milliers de personnes ont manifesté à Berlin contre la "folie des loyers" et la spéculation immobilière. 

Les organisateurs de ces manifestations ont aussi lancé un appel pour que soit organisé un référendum local sur l'expropriation par la mairie de Berlin des sociétés immobilières détenant plus de trois mille logements.

Cette hausse des loyers, "c'est un phénomène qui est partout répandu en Europe", a-t-elle exposé. Pour Cécile Maisonneuve, "c'est vraiment l'ADN qui fait fonctionner nos villes qui est aujourd'hui en jeu à travers cette crise du logement".

franceinfo : Quel est votre sentiment par rapport à cette mobilisation à Berlin contre la hausse des loyers ?

Cécile Maisonneuve : C'est un phénomène que l'on observe aujourd'hui dans toutes les métropoles européennes, cette flambée des prix du logement. Il y a une seule exception en Europe c'est Vienne [capitale de l'Autriche]. Dans l'ensemble ce qu'on voit, c'est que même les classes moyennes ne peuvent plus se loger ou alors très difficilement dans les grandes métropoles européennes. On voit également en Allemagne, une ville comme Munich qui est devenue une des villes les plus chères au monde où la capacité à acquérir un logement requiert un nombre d'années de travail très conséquent. C'est un phénomène qui est partout répandu en Europe pour des causes très différentes.

Près de 16% des foyers en Allemagne consacrent plus de 40% de leurs ressources au paiement des loyers, c'est seulement 5% en France. Comment l'expliquer ?

Berlin c'est une ville assez spécifique, car après la réunification c'est une ville où on a construit beaucoup. Il y a eu une sorte de flambée d'activités et en même temps une baisse démographique, donc pendant très longtemps il y a du logement excédentaire à Berlin. Depuis une dizaine d'années c'est une ville qui a beaucoup de succès. Berlin s'accroît chaque année de 40 000 habitants, c'est la population de la ville d'Angoulême par exemple. La ville n'a pas assez construit, et elle n'a plus subventionné le logement public à partir de la fin des années 90 à cause de son surendettement et n'a réintroduit les subventions que depuis 2014. Il y a de vrais problèmes structurels qui expliquent aujourd'hui ce qu'on appelle le taux d'effort des ménages qui était lors de la réunification de 18% et qui est aujourd'hui de 29%, hors eau chaude, chauffage et électricité, ce qui fait qu'aujourd'hui que beaucoup de ménages berlinois, c'est une ville de locataires à 80%, consacrent plus de la moitié de leurs revenus pour se loger.

Que faut-il comme solution contre ce phénomène dans les grandes villes ?

Il n'y a aucune solution simple pour répondre à ce problème. Vous avez à la fois des causes structurelles propres à la politique immobilière, la politique locative. Vous avez aussi des causes liées au taux d'intérêt. Si ces grandes villes font l'objet d'un tel appétit de la part des investisseurs c'est que c'est considéré comme un placement malgré tout intéressant. Le problème quand on parle d'aménagement du territoire c'est que pendant toutes les décennies passées on a fait de l'étalement urbain qui n'est plus une solution pour des raisons écologiques mais aussi pour des raisons économiques parce qu'en termes de mobilité cela coûte très cher. Il faut comprendre les dynamiques propres et essayer de travailler sur ce maillage entre la métropole et les villes moyennes qui entoure cette métropole. La ville européenne a une caractéristique par rapport à la ville américaine et la ville asiatique, c'est plutôt la ville des classes moyennes, c'est la ville de la diversité. Ce n'est pas une ville avec des très riches et des très pauvres. C'est vraiment l'ADN qui fait fonctionner nos villes qui est aujourd'hui en jeu à travers cette crise du logement.

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