Aide à l’achat d’un logement proposée par Benjamin Griveaux : comment ce dispositif fonctionne-t-il au Canada ?

Benjmain Griveaux était l\'invité de franceinfo lundi 3 février. 
Benjmain Griveaux était l'invité de franceinfo lundi 3 février.  (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

Le candidat La République en marche à la mairie de Paris propose de verser un apport allant jusqu’à 100 000€ pour les Parisiens souhaitant acheter leur logement. Il s’appuie sur l’exemple du Canada où une telle mesure existe. Mais là-bas, le dispositif peine à convaincre.

L’un des axes de campagne de Benjamin Griveaux dans la bataille pour la mairie de Paris, c’est le maintien des classes moyennes dans la capitale. Distancé dans les sondages par la maire sortante socialiste Anne Hidalgo et la candidate Les Républicains Rachida Dati, le candidat de la majorité présidentielle a dégainé samedi 1er février une mesure spectaculaire : un apport allant jusqu’à 100 000 euros pour acquérir un logement à Paris, dans la limite de 20% du prix du bien.

Une mesure qui n’est pas "farfelue" se défend le candidat marcheur. Pour preuve, selon lui, le Canada a mis en place un système de ce type, et Benjamin Griveaux cite à titre d’exemple la ville de Toronto. La plus grande cité canadienne, 4e ville d’Amérique du Nord avec 7,5 millions d’habitants, est en pleine croissance, alors que Google doit y réhabiliter un quartier entier. À la clé, des loyers et des prix à l’achat prohibitifs pour les classes moyennes, qui s’éloignent du centre-ville. Cette crise du logement touche aussi d’autres métropoles canadiennes, comme Montréal ou Vancouver. Au Canada, c’est au niveau fédéral qu’une mesure d’aide à l’achat a été prise.

Au Canada, un prêt plus qu'un "apport"

Le dispositif "Incitatif à l’achat d’une première propriété" voulue par le parti libéral du Premier ministre Justin Trudeau, doit, à l’instar de la proposition soutenue par Benjamin Griveaux, permettre aux classes moyennes d’accéder à la propriété. Votée lors du budget 2019, elle consiste en un prêt hypothécaire, qui permet aux acheteurs de réduire le montant qu’ils empruntent en propre, et ainsi de réduire leurs mensualités.

Ce financement de l’État est plafonnée à 5% du prix du bien dans l’ancien, et 10% pour un achat neuf. Elle s’adresse aux ménages gagnant jusqu’à 120 000 dollars par an, et pour des biens ne dépassant pas quatre fois le revenu annuel, soit au maximum 480 000 dollars (voir les exemples dans le document ci-dessous). À Paris, l’équipe de campagne du candidat LREM précise que cette aide est destinée aux ménages ayant des revenus correspondant aux critères du logement intermédiaire, et évoque à titre d’exemple un couple avec un enfant qui gagnerait environ 6 000€ par mois, à la recherche d’un appartement d’un montant maximum de 500 000€.

Côté Canada, l’acheteur doit rembourser l’argent prêté à la revente du bien. Il doit rembourser 5 ou 10%, selon le prêt initial, de la valeur du bien à la revente. À Paris également, Benjamin Griveaux évoque le remboursement de la somme initiale, ainsi qu’une partie de la plus-value en cas de revente. En revanche, les Canadiens bénéficiaires de l’"Incitatif" devront avoir remboursé l’argent avancé au bout de 25 ans, même en l'absence de revente de leur logement (en se basant sur une estimation de la valeur de celui-ci). Enfin, l'"Incitatif" canadien n’est accordé que pour une première acquisition, ou après une séparation. 

Un succès limité pour l'"Incitatif" canadien

Outre-Atlantique, les résultats de cette mesure ne sont, pour l’heure, pas à la hauteur des espérances de ses promoteurs. Lancée début septembre, seul 3 000 demandes ont été validées au 31 décembre 2019, confirme le bureau du ministre de la Famille des Enfants et du Développement Social, interrogé par Radio Canada. Le gouvernement espérait toucher 100 000 ménages en trois ans. Principal problème, la limite du prix du bien de 480 000 dollars, trop basse, par rapport aux prix du marché, dans ces zones tendues des grandes métropoles canadiennes. Quelques jours seulement après la mise en place du dispositif, le parti libéral prévoyait de revoir sa copie.

Si vous vivez dans les régions du grand Toronto, de Vancouver ou de Victoria, nous vous offrirons plus d’aide. Tant que le prix de la propriété que vous souhaitez acheter ne dépasse pas 789 000 dollars, vous êtes admissible à l’IncitatifParti Libéral canadiendans son programme

Encore insuffisant ? À Toronto, l’exemple cité par Benjamin Griveaux, le prix de vente moyen des propriétés en décembre dépassait 830 000 $, relevait Radio-Canada.

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