Martine Aubry défie Manuel Valls et réclame l'encadrement des loyers à Lille

Martine Aubry et Manuel Valls applaudissent lors d\'un meeting pour les élections européennes, le 15 mai 2014 à Lille. 
Martine Aubry et Manuel Valls applaudissent lors d'un meeting pour les élections européennes, le 15 mai 2014 à Lille.  (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

La maire de Lille demande que sa ville et d'autres communes volontaires bénéficient de ce dispositif, sur lequel est revenu le Premier ministre.

Elle défie Manuel Valls. Dans un communiqué diffusé samedi 30 août en pleine université d'été du PS, Martine Aubry demande que des villes, dont la sienne, bénéficient de l'encadrement des loyers. Et ce alors que le Premier ministre est revenu, vendredi, sur ce dispositif prévu dans la loi Alur sur le logement. 

"Le Premier Ministre a annoncé que cet encadrement des loyers serait appliqué à titre expérimental à la seule ville de Paris. Mais Paris n'est pas la seule ville de France à avoir besoin d'une régulation de ses loyers", écrit la maire de Lille. 

Comment Aubry justifie sa demande ?

"Comme Paris, Lille a besoin d'une régulation de ses loyers. La loi Alur le permet", martèle la socialiste, qui rappelle que cette mesure de la loi Alur constituait "l'engagement 22 de François Hollande" pendant la campagne. Martine Aubry souligne en outre que sa ville est "malheureusement reconnue comme la troisième ville la plus chère de France".

Si l'ancienne patronne du PS, plutôt classée à la gauche du parti, ne nie pas les difficultés techniques invoquées par Manuel Valls pour enterrer cette mesure forte de la loi Alur, elle affirme que sa ville a pris les devants. "À Lille, depuis plus d'un an maintenant, nous travaillons en anticipation des obligations légales", dit-elle.

"Plus que jamais, nous sommes déterminés à faire aboutir ce travail, car notre ville a cruellement besoin d'un dispositif national lui permettant de réguler localement ses loyers et de les rapprocher des capacités financières réelles de ses habitants, tout en préservant la rentabilité des investisseurs", conclut-elle.

Quelle en est la signification politique ?

La sortie de la maire de Lille est tout sauf anodine : son communiqué a été publié au moment même où Manuel Valls arrivait sur le site de l'université d'été de La Rochelle. Ce communiqué traduit "le souhait de marquer son désaccord avec la méthode et le fond" de la décision annoncée vendredi par Manuel Valls, décrypte le député de la Nièvre Christian Paul, proche de Martine Aubry.

Cette prise de position pourrait marquer la première étape de la fin de retraite médiatique que s'impose Martine Aubry depuis de nombreux mois. Ses proches confient qu'elle publiera à l'automne une contribution dans le cadre des Etats généraux organisés par le parti.

Dans les travées de l'université d'été, l'offensive de Martine Aubry a reçu un accueil prudent. Le député PS Christophe Caresche, fervent détracteur de la loi Alur de Cécile Duflot, ne voit rien de gênant dans la réaction de la maire de Lille, estimant que Manuel Valls pourrait accéder à sa demande.

Le président de l'Assemblée nationale et l'influent député Jean-Jacques Urvoas, proche de Manuel Valls, ne sont pas choqués que "les élus locaux puissent avoir une marge de manœuvre". Mais critiquent le timing : "Elle l'aurait annoncé dans deux ou trois jours, ça ne m'aurait pas dérangé", déclarent les deux hommes dans une même formule.

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