VIDEO. Municipales : Sète, une ville de plus en plus "bling bling" au détriment des quartiers populaires

Jean Claude Reilles habite l\'île de Thau, quartier populaire de Sète, depuis 1976.
Jean Claude Reilles habite l'île de Thau, quartier populaire de Sète, depuis 1976. (ANTOINE DEIANA / FRANCEINFO)

Toute la semaine, franceinfo marque un stop dans une ville de France à quelques jours du 1er tour des municipales. Vendredi 13 mars, direction Sète, en Occitanie, où le prix de l'immobilier ne cesse de grimper, augmentant les inégalités avec les quartiers populaires de la ville.

"Moi je ressens de plus en plus de différences ici à Sète, entre les riches, c’est-à-dire les nouveaux arrivants, et les pauvres." Michèle, habitante de l’île de Thau depuis 2004 et membre du comité du quartier, nous interpelle en voyant notre matériel de journalistes. Elle n’aime pas la façon dont la ville de Sète s’embourgeoise et craint que son quartier soit encore plus mis à l’écart.

En 18 ans de mandat, le maire sortant, François Commeinhes, qui se présente à sa propre succession, a développé l’attractivité immobilière et touristique de la ville. C’est d'ailleurs ces sujets qui enflamment les débats avec les six autres candidats à la municipalité de Sète qui lui reprochent de négliger les Sétois de la classe moyenne qui n’arrivent plus à se loger. La "bétonisation" de la ville est au cœur de la campagne de cette commune de 43 000 habitants. Dernier exemple en date, la destruction du couvent de Carmel, racheté par un promoteur immobilier en 2016 pour y construire un ensemble résidentiel de 131 logements.

Les façades des immeubles de l\'île de Thau font parties du plan de rénovation de 29 millions d\'euros accordé au quartier.
Les façades des immeubles de l'île de Thau font parties du plan de rénovation de 29 millions d'euros accordé au quartier. (ANTOINE DEIANA / FRANCEINFO)

En parallèle la municipalité a lancé avec l’Etat et la région Occitanie un vaste plan de rénovation du quartier de Thau. Près de 29 millions d’euros vont être injectés, mais sur place les habitants ont surtout l’impression d’être mis à l’écart de la ville.

Une politique du logement qui "modifie toute l'identité de la ville"

Jean-Claude Reilles habite l’île de Thau depuis 1976 et ici tout le monde le connaît et s’arrête pour le saluer, comme Michèle, tous les deux font partie du comité de quartier : "Ici il est respecté, il se bat pour nous depuis tellement d’années, pour nous faire entendre auprès de la municipalité."

Jean Claude et Michèle font partie du comité de quartier de l\'île de Thau, à Sète, et ils portent un regard très critique sur la politique du logement menée actuellement.
Jean Claude et Michèle font partie du comité de quartier de l'île de Thau, à Sète, et ils portent un regard très critique sur la politique du logement menée actuellement. (ANTOINE DEIANA / FRANCEINFO)


Investit dans le milieu associatif du quartier depuis 1977, Jean-Claude Reilles a connu l’île de Thau à ses débuts, quand la vie de quartier était dynamique : "Avant ici la vie était bouillonnante, avec un comité des fêtes et de quartier, un carnaval, un centre social." Seulement, depuis quelques dizaines d’années la situation a bien changé : "La mairie a rasé la maison de quartier, a fait fermer le centre social ou encore la MJC qui avait trois ans d’existence. Du coup, il n’y a plus grand chose dans le quartier."

Un déclin que la ville tente d'arrêter avec donc ce grand plan de rénovation de 29 millions d’euros, que Jean-Claude Reilles prend avec prudence : "C’est toujours positif de l’argent injecté pour améliorer le quartier, mais le plus important c’est de savoir ce qu’on va en faire. Quand vous rénovez les façades c'est surtout un cache-misère. J’en ai connu cinq ou six des plans de rénovation, le premier c’était en 1985. Tous ces milliards d’euros investis depuis le début n’ont pas amélioré la vie des gens. Finalement ça les a plutôt maintenus dans leur précarité."


Autre motif de frustration pour Jean-Claude Reilles, la politique de logement menée par la municipalité : "C’est aussi au cœur des discussions ici. Pour se loger à Sète c’est très compliqué et ça va vite devenir impossible. Les loyers sont bien trop élevés et les vieilles belles maisons sont rachetées par des retraités bling bling qui viennent de l'extérieur… Cela modifie toute la philosophie et l’identité de la ville."


D’après le dernier rapport de la chambre des notaires de l’Hérault, le marché des maisons anciennes a fortement augmenté. Les prix ont augmenté de 30% depuis 2004. Parallèlement le taux de pauvreté à Sète, de 25%, ne baisse pas et est bien au-dessus de la moyenne nationale (14,7%) d’après un rapport de l’Insee publié en 2019.

Restez ouverts au débat et aux propositions, c'est ça qui construit un quartier où il fait bon vivre.Un habitant de l'île de Thau s'adresse aux candidats aux municipales à Sèteà franceinfo

Jean-Claude Reilles admet que le sentiment qui prédomine sur l’île de Thau, à quelques jours du premier tour des municipales, c’est "la fatalité" : "Les gens n’ont pas vu d’évolution jusqu’ici, alors pourquoi cette élection changerait quelque chose quand on voit la politique du logement menée par la ville ces dernières années ?"

Jean-Claude Reilles veut quand même continuer d’y croire et termine en s’adressant aux sept candidats en lice : "Soyez plus dans la concertation avec les Sétois qui font l’identité de la commune."

Municipales : le problème de la gentrification à Sète. Le reportage de Farida Nouar
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>> La liste des candidats aux élections municipales à Sète

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