VIDEO. "Ce sac de voyage, c'est mon loft, et le sac à dos, c'est mon bureau" : comment Laurent organise sa vie de travailleur sans domicile fixe

ENVOYÉ SPÉCIAL / FRANCE 2

Un travail, un salaire et un logement : une équation de base qui ne fonctionne plus pour tout le monde. Dans les hébergements d'urgence, un quart des résidents sont des travailleurs sans domicile fixe. Comme Laurent, qui s'est confié à "Envoyé spécial". 

Aujourd'hui, avoir un emploi ne garantit plus un toit. Comment rester debout malgré un logement trop précaire ? Dans le 20e arrondissement parisien, Laurent, 53 ans, a trouvé une place provisoire dans un local associatif reconverti en hébergement d'urgence. L'un des treize lits de camp lui tient lieu de chambre à coucher, mais il ne peut rien laisser sur place. Il est 9 heures du matin. Le centre va fermer jusqu'à 18 heures. Laurent s'organise pour la journée.

Laurent présente aux journalistes d'"Envoyé spécial" ce qu'il appelle son "loft". Un loft portatif, car c'est le petit sac de voyage qu'il va devoir emporter avec lui, en plus du sac à dos qui lui sert de "bureau". Laurent, qui travaille "souvent dans la vente de vêtements" en intérim, a sa méthode de rangement : une pochette "salle de bains" pour les affaires de toilette, une poche plastique "pressing" pour les vêtements à mettre au lavage... Dans le fond du sac, ses chemises, soigneusement pliées entre des feuilles de papier cadeau. Dans la poche de devant, son nécessaire à chaussures d'urgence. Pour enchaîner les missions en intérim, il lui faut être prêt en toutes circonstances, portable chargé et apparence soignée. 

Ne pas révéler le jour où il dort la nuit

Laurent déploie beaucoup d'énergie pour ne pas révéler le jour où il dort la nuit. Une fois, une de ses collègues a vu un client "habillé d'une certaine façon", raconte-t-il. "Je ne vais pas m'occuper de lui, a-t-elle dit à Laurent. T'as vu comment il est ? On dirait un SDF..."   

Laurent commence par en rire, mais c'est difficile. "Ça me fait penser au titre du film 'Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ?', souffle-t-il. Vous portez trop de choses, et il y a des moments où..." Jusqu'à ce tournage, Laurent n'avait même pas osé avouer sa situation à ses parents. Au total, avec son RSA et ses missions d'intérim, il a entre 550 et 1 000 euros pour vivre.

Extrait de "Un travail, mais pas de toit", un reportage à voir dans "Envoyé spécial" le 21 mars 2019.

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