Plan hiver : "On ne fait que repousser le problème", d'après le délégué général de la Fondation Abbé Pierre

Un centre d\'hébergement d\'urgence à Paris, le 26 janvier 2006.
Un centre d'hébergement d'urgence à Paris, le 26 janvier 2006. (JOEL SAGET / AFP)

Christophe Robert demande un accompagnement et des réponses de logement plus durables pour les personnes démunies, alors que le plan hiver débute jeudi. 

"On ne fait que repousser le problème" si, après l'hiver, "on n'accompagne pas les personnes vers des réponses plus durables de logement", a indiqué mercredi 31 octobre à franceinfo Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre. Le plan hiver commence officiellement demain avec l'ouverture par l'État de 14 000 places supplémentaires pour l'hébergement d'urgence. Il compte aussi débloquer 5 millions d'euros pour financer des équipes de maraude.

franceinfo : Est-ce que ce plan va dans le bon sens ?

Christophe Robert : Tout ce qui est fait pour apporter une réponse à ceux qui n'ont rien, qui se retrouvent à la rue, est utile. J'allais dire, indispensable. Mais clairement, ça ne sera pas suffisant. On est sur un volume d'ouverture de places identique à l'année dernière et on sait qu'il y a beaucoup de monde qui sollicite le 115, voire même qui n'appelle plus le 115 et n'a pas de solution. Surtout, ce qu'il faut comprendre, c'est que si on ouvre des places en hiver, même si c'est nécessaire et que derrière, on n'accompagne pas les personnes vers des réponses plus durables de logement, avec un accompagnement à la santé, à l'emploi, on ne fait que repousser le problème. Parce qu'il arrivera un moment où l'on fermera ces places et l'on dira aux personnes : "Débrouillez-vous par vous-mêmes". Et on risque de retrouver ces personnes à appeler le 115 une fois ces places fermées, parce que les beaux jours seront revenus.

Est-ce un pansement sur une jambe de bois ?

C'est nécessaire quand même, c'est là toute l'ambiguïté, parce qu'on n'est pas capable depuis des années d'offrir des solutions durables aux personnes que l'on rencontre, que l'on accompagne, parce qu'on n'est pas capable d'apporter des solutions au logement adaptées, parce que l'APL [aide au logement] ne couvre pas assez les loyers, ou parce qu'il n'y a pas suffisamment d'offres de logements sociaux. Chaque année, on est obligé d'ouvrir des places parce qu'il fait froid, comme si les gens n'avaient pas besoin d'un toit sur la tête toute l'année. Donc c'est nécessaire, mais ça montre notre insuffisance permanente sur ce sujet très grave que constitue le fait de devoir vivre à la rue pour des personnes très fragiles. Il peut y avoir des pics [de demandes d'hébergement d'urgence] qui sont liés au froid parce que ces personnes qui refusent d'aller dans certains centres car elles ont eu des mauvaises expériences, à cause de la promiscuité ou des vols, se disent l'hiver qu'ils doivent se mettre à l'abri. Mais si l'on prend des problèmes de maladie chronique et de mortalité à la rue, elles sont aussi fréquentes l'été que l'hiver. C'est là où il y a une forme d'hypocrisie. Toute notre société est très sensibilisée au moment des grands froids et on peut le comprendre, mais il faut qu'on arrive à se mettre à la place des gens toute l'année pour mettre en place des politiques à la hauteur de ces besoins.

Emmanuel Macron avait promis qu'il n'y aurait plus personne à la rue à la fin 2017. On est loin de ce résultat ?

Bien sûr qu'on en est loin et c'est toute la tragédie d'un pays riche comme le nôtre qui doit pouvoir trouver des réponses à chacun. Il y a besoin d'ouvrir des places pendant l'hiver, mais c'est toute la question des APL, du logement social, des moyens dédiés aux travailleurs sociaux, aux associations pour accompagner les personnes. Quand on voit dans le budget, qui est en cours d'adoption, une baisse considérable du montant des APL, des moyens dédiés aux bailleurs sociaux, on se dit que l'objectif du président de la République ne pourra pas être atteint si on ne fait pas feu de tout bois, notamment pour des solutions durables. C'est là où il y a un espèce de paradoxe entre un discours et la réalité, notamment comptable, en ce qui concerne le budget de la Nation.

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