Logement à Marseille : une "crise humanitaire" liée aux carences de la mairie comme de l'Etat, selon un rapport

Des immeubles de la rue d\'Aubagne, à Marseille, le 25 octobre 2019.
Des immeubles de la rue d'Aubagne, à Marseille, le 25 octobre 2019. (GERARD JULIEN / AFP)

Le Haut Comité pour le logement des personnes défavorisées, un organisme rattaché à Matignon, formule également 20 propositions.

"D'une crise du logement, la situation aujourd'hui à Marseille s'apparente à une véritable crise humanitaire." Un an après la mort de huit personnes dans l'effondrement de deux immeubles dégradés, Marseille vit "une véritable crise humanitaire" liée à une série de carences de la mairie mais aussi de l'Etat, selon un rapport officiel, publié jeudi 21 novembre. Les rapporteurs rappellent que 40 000 logements indignes ont été recensés à Marseille dès 2015.

Le Haut Comité pour le logement des personnes défavorisées, un organisme rattaché à Matignon et présidé par Marie-Arlette Carlotti, par ailleurs élue d'opposition (PS) à la mairie de Marseille, consacre son rapport annuel à la cité phocéenne, dénonçant en matière de mal-logement une "continuité de défaillances systémiques des dispositifs et des acteurs publics".

Le logement privé "de plus en plus sélectif"

Au-delà du drame de la rue d'Aubagne, le 5 novembre 2018, qui fait l'objet d'une enquête judiciaire, les rapporteurs se penchent notamment sur le logement social, partant du constat que l'accès au logement privé est "de plus en plus sélectif", notamment à cause du développement des locations touristiques. Un total de 77 477 demandes de HLM sont en souffrance dans la métropole Aix-Marseille-Provence, où peu de communes respectent leurs obligations en la matière, notamment à cause de "la persistance d'un manque de volonté politique".

Résultat, "de nombreux ménages sont contraints d'habiter dans des logements insalubres et dégradés du centre ancien de Marseille", déplorent les rapporteurs, en demandant davantage de logements "très sociaux", mais sans que ceux-ci soient cantonnés dans les quartiers Nord de la ville, les plus populaires.

"Incurie des pouvoirs publics"

L'Etat n'est pas épargné : le Haut Comité regrette par exemple que le préfet n'ait pas sanctionné la ville de Marseille pour sa production insuffisante de logements sociaux ou qu'il ne fasse pas en sorte de faire respecter les règles d'attribution aux familles prioritaires. Le Haut Comité revient également longuement sur les carences dans la lutte contre l'habitat indigne, dénoncées de longue date à Marseille mais sur lesquelles les différents acteurs "se [renvoient] les responsabilités".

"La question se pose de savoir pourquoi le préfet ne s'est jamais substitué à la municipalité ouvertement défaillante" en matière d'arrêtés de péril comme d'insalubrité, "engageant potentiellement sa responsabilité". Pour "sortir de la crise à court et long terme", le Haut Conseil formule 20 propositions, allant de la construction de davantage de logements sociaux à la "sortie de l'incurie des pouvoirs publics" en matière de résorption de l'habitat indigne.

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