Hébergement des sans-abri : quand on vit à la rue, "ce qui tue, c'est l'usure, pas le froid"

Les sans-abri ne souffrent pas seulement du froid, mais de la vie dans la rue.
Les sans-abri ne souffrent pas seulement du froid, mais de la vie dans la rue. (SEBASTIEN JARRY / MAXPPP)

Les températures sont très basses sur l'ensemble du territoire depuis quelques jours. Pourtant, un sans-abri sur deux n'obtient pas d'hébergement d'urgence, faute de place. Invité de franceinfo, mercredi, Nicolas Clément, président du collectif Les Morts de la rue, estime que c'est la vie dans la rue qui tue, pas seulement le froid.

Alors que les températures baissent sur l'ensemble du territoire, pour parfois atteindre des seuils négatifs la nuit, plusieurs départements ont déclenché leur plan grand-froid ces derniers jours. Mais il manque toujours des places en centre d'hébergement, estiment les associations d'aide aux sans-abri. Pour Nicolas Clément, président du collectif Les Morts de la rue, invité de franceinfo mercredi 4 janvier, c'est "la rue qui est mortifère, pas le froid spécifiquement."


franceinfo : Comment les sans-abri vivent ces périodes de froid ?

Nicolas Clément : Ils ne les vivent pas différemment du reste de l'année. On parle tout le temps du froid, mais il faut parler du chaud, parler du tiède... Il faut parler de la vie à la rue qui, elle, est mortifère, pas du froid spécifiquement. Parmi les sans-abri décédés en 2015, moins de 1% sont morts d'hypothermie. C'est trop, mais c'est très marginal. Dans la rue, on meurt tout le temps, à toutes les saisons.

Nous n'avons pas observé de surmortalité spécifique des sans-abri au mois de décembre de cette année par rapport aux trois dernières années. Décembre n'est pas pire que les autres mois. Il y a en revanche une légère surmortalité l'hiver, mais toute la population est concernée, pas seulement ceux qui vivent dans la rue. Ce qui tue, c'est l'usure. Et parfois aussi les dangers de la vie à la rue, mais pas le froid.

Un sans-abri sur deux n'obtient pas de solution d'hébergement. Qu'est-ce qui ne fonctionne pas ?

Le chiffre est pire, car il ne comptabilise que ceux qui ont téléphoné, et qui ont été recensés. Il y a tout ceux qui n'appellent même pas parce qu'ils en ont ras-le-bol. En ce moment, où il fait très froid, on pourrait penser qu'il y a des capacités supplémentaires, en accueil téléphonique, en lits, mais ce n'est pas mieux. Vendredi il faisait -3°C à Paris et on mettait autant de temps que d'habitude pour répondre.

Le gouvernement affirme que le nombre de places est passé de 80 000 à 120 000 depuis 2012. Ce chiffre a-t-il été atteint ?

Il y a effectivement eu un effort global de toute la société française. Sur le terraine, cela se voit... et ne se voit pas. En douze ans, le nombre de places d'hébergement est passé de 51 000 à 110 000, c'est considérable. Mais on manque de place. On a quand même connu une crise importante, beaucoup de personnes se retrouvent en difficulté. On a augmenté le nombre de places, on a amélioré leur qualité, mais on a toujours un déficit.

Faut-il toujours attendre des températures basses pour que les pouvoirs publics ouvrent des places supplémentaires ?

La "gestion au thermomètre" n'est pas terminée. Les ouvertures de gymnases, par exemple, ne se font que quand il fait très froid. Heureusement, d'une certaine façon, parce qu'un gymnase n'est pas un endroit digne pour dormir. Des solutions pérennes doivent exister. On a des coûts très élevés pour l'hôtellerie, par exemple. Ils pourraient être gérés différemment et réaffectés pour augmenter les capacités d'accueil, sans en augmenter le prix.