Fin de la trêve hivernale : les expulsions vont reprendre pour des milliers de familles

Manifestation contre les expulsions après la fin de la trêve hivernale à Paris, le 31 mars 2018. 
Manifestation contre les expulsions après la fin de la trêve hivernale à Paris, le 31 mars 2018.  (MAXPPP)

Pendant cette "trêve", qui courait depuis le 1er novembre, un locataire ne pouvait pas être expulsé de son logement.

Après cinq mois d'interruption, des milliers de familles sont à nouveau menacées d'être expulsées de leur logement avec la levée de la trêve hivernale dimanche 31 mars au soir. Pendant cette "trêve", qui courait depuis le 1er novembre, un locataire ne pouvait pas être expulsé de son logement, sauf si un relogement décent était prévu pour lui et sa famille ou si les locaux faisaient l'objet d'un arrêté de péril.

Des procédures d'éviction ont toutefois pu être lancées. A 81 ans, Monique a déjà reçu la visite des huissiers dans son appartement parisien qu'elle ne peut plus payer. Avec une dette locative de 50 000 euros, cette retraitée qui vit avec 1 200 euros par mois pour un loyer de 900 euros confesse "ne plus dormir". "Je m'enfonce", dit-elle, en racontant son "angoisse" de se retrouver à la rue. "Je me mettrais sur un banc et j'attendrais", imagine-t-elle.

En 2017, 126 000 décisions d'expulsion ont été prononcées, dont plus de 120 000 pour impayés locatifs (+49% depuis 2001), selon le dernier bilan annuel de la Fondation Abbé Pierre (FAP). La même année, 15 547 ménages ont été expulsés avec le concours de la force publique, dernière étape si aucune solution n'est trouvée. "Un record historique", déplore la FAP.

Près de 300 000 personnes expulsées en dix ans

"La multiplication des expulsions entre en contradiction avec la politique du 'Logement d'abord' affichée par le gouvernement", estime la Fondation, en référence au plan de l'exécutif qui vise à favoriser l'accès direct au logement très social. "Avec une augmentation de 46 % en 10 ans, ce sont au total près de 300 000 personnes qui ont été effectivement expulsées manu militari au cours de cette décennie", relève la Fondation. En sachant qu'avant même l'intervention de la police, "bon nombre de ménages quittent leur domicile sous la crainte de la procédure ou la pression du propriétaire ou de l'huissier", précise la FAP. 

Samedi, des personnes menacées d'expulsion ou qui ont subi une expulsion ont manifesté à Paris à l'appel de "gilets jaunes" et de l'association Droit au logement (DAL). Dénonçant "la flambée de loyers", "la spéculation immobilière", "la précarité énergétique", cumulées à "une baisse du pouvoir d'achat des classes populaires et moyennes", les associations exigent que plus aucune expulsion ne se fasse sans solution de relogement.

Elles insistent également sur la nécessité de construire massivement des logements sociaux accessibles aux petits revenus et demandent l'encadrement des loyers dans les grandes métropoles. 

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