"J'ai baissé ma capuche, ça pissait le sang de partout" : une étudiante raconte son matraquage par un CRS à Lille

Marie, étudiante de 19 ans, a été frappée à trois reprises par un CRS, le 9 janvier 2020 à Lille (Nord). 
Marie, étudiante de 19 ans, a été frappée à trois reprises par un CRS, le 9 janvier 2020 à Lille (Nord).  (ANTOINEGRRRR / TWITTER)

Marie, étudiante en journalisme à l'ESJ de Lille, participait à la manifestation du jeudi 9 janvier. Elle a été frappée à trois reprises alors qu'elle prenait des photographies du cortège.

"Je me suis pris trois coups de matraque télescopique, selon les 'street medics' : un à l'arrière du crâne, un sur le poignet et un sur l'omoplate." Au lendemain de la manifestation contre la réforme des retraites du 9 janvier à Lille (Nord), Marie panse ses plaies. Cette étudiante de 19 ans en journalisme de l'Académie ESJ de Lille raconte avoir été frappée à trois reprises par un CRS alors qu'elle prenait des photos dans le cortège. 

Comme lors des dernières manifestations, celle qui veut devenir photoreporter s'est glissée dans le cortège avec son appareil, pour "se faire la main". Mais vers 15h30, au niveau de la Grand-Place de Lille, dans une rue perpendiculaire à la rue Nationale, des black blocs entrent dans la danse. "Ils ont envoyé un feu d'artifice, d'autres projectiles vers les forces de l'ordre. Les CRS ont alors répondu par du gaz lacrymogène. En tout, ça a duré à peu près quinze minutes. Ça ne bougeait pas trop, les black blocs essayaient d'avancer vers les CRS", explique-t-elle.

"Je me suis retrouvée en première ligne"

D'autres policiers sortent alors d'une ruelle adjacente. "Ils ont commencé à courir sur les manifestants, à matraquer, à lancer des lacrymogènes, sans distinction, rapporte Antoine, lui aussi étudiant à l'Académie ESJ Lille et témoin de la scène. J'ai vu les gens se faire pousser, se faire matraquer." Parmi eux, Marie. 

"Je me suis retrouvée en première ligne à me faire taper dessus", détaille-t-elle. La jeune femme continue de courir, persuadée que si elle tombe, elle va se "faire embarquer en garde à vue". "J'ai crié de peur. Plus de peur que de douleur." Une amie finit par l'apercevoir dans la cohue et l'attrape pour l'évacuer. "J'ai baissé ma capuche, ça pissait le sang de partout", se souvient Marie. Dans une rue adjacente, elle est prise en charge par les "street medics", qui lui posent un bandage sur la tête pour stopper l'hémorragie et examinent son poignet déjà bien enflé. Conduite aux urgences, elle écope de quatre points de suture sur le crâne.

Au lendemain de ces violences, Marie, "un peu fatiguée", affirme qu'elle va bien : "Je n'ai pas beaucoup dormi, mais pour le moment ça va." Elle se repasse le film de cette journée. "Je n'étais pas là au bon moment. Ce n'était pas contre moi. J'étais juste dans la foule, je n'ai pas eu de chance. Les CRS n'ont pas vu que j'avais mon appareil photo, j'étais de dos, ils ont tapé comme ça sans regarder", affirme-t-elle. Pour autant, elle compte faire constater ses blessures auprès du centre hospitalier régional en attendant de prendre la décision de porter plainte ou non.

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