Grève contre la réforme des retraites : des streamers racontent pourquoi ils lèvent des fonds grâce au marathon de jeux vidéo "Le Stream reconductible"

Une personne joue sur la plateforme de jeux vidéo Twitch, à Mulhouse (Haut-Rhin), le 15 mars 2019. 
Une personne joue sur la plateforme de jeux vidéo Twitch, à Mulhouse (Haut-Rhin), le 15 mars 2019.  (MAXPPP)

Ce collectif de streamers réuni sur la plateforme Twitch avait récolté, samedi matin, plus de 32 500 euros pour soutenir la grève contre la réforme des retraites. 

Le marathon a démarré en même temps que le large mouvement de grève contre la réforme des retraites, jeudi 5 décembre. Un collectif de streamers, des professionnels diffusant en direct leurs parties de jeux vidéo sur la plateforme Twitch, ont lancé "Le Stream reconductible", afin de soutenir et récolter des fonds pour l'intersyndicale à l'origine de cette grève.

"Nous allons tenir un live sur Twitch en relayant les actualités de luttes et en récoltant des fonds pour alimenter une caisse de grève intersyndicale", prévient le collectif sur son site. "Tant que la grève continuera, nous continuerons d'occuper l'antenne, sur la chaîne 'Le Stream reconductible' créée pour l'occasion, et sur nos chaînes respectives." Leur mot d'ordre est écrit en tête de leur site : "Ça s'arrêtera quand ils s'arrêteront"

L'initiative rassemble trente-quatre streamers et streameuses, et pas moins de soixante personnes en charge de son organisation, précise à franceinfo "Pandov", l'un de ceux qui gèrent la chaîne du "Stream reconductible". Samedi matin, le projet avait déjà récolté plus de 32 500 euros, versés ensuite dans une caisse de grève gérée par Info'Com-CGT et d'autres syndicats. "On est partis pour quatre jours de live non-stop", précisait jeudi soir à franceinfo "Nat'ali", l'une des streameuses qui participe à ce marathon. 

Une idée née deux jours avant la grève

L'initiative est née de manière "spontanée", mardi midi, sur les réseaux sociaux, relate "Pandov". L'une des streameuses désormais dans le collectif, "Lizzie Crowdagger", a soufflé l'idée sur Twitter. "Il y a plein de streams de jeux vidéo caritatifs, du coup est-ce que par hasard y aurait des trucs du genre pour soutenir les caisses de grève dans les jours à venir ?", s'est-elle interrogée. Son tweet, partagé une cinquantaine de fois, a reçu plus de deux cents mentions "J'aime". 

Usul, un youtubeur engagé à gauche et suivi par plus de 100 000 personnes, n'a pas tardé à répondre, saluant cette "bonne idée". Une discussion a débuté entre connaissances du milieu du streaming de jeux vidéo et, très vite, "Le Stream reconductible" est né. "Vers 16 heures mardi, nous avons lancé une discussion de groupe sur le logiciel Discord. Le soir, nous étions une cinquantaine", relate "Paniac", un streamer de 27 ans participant lui aussi à l'opération. Le collectif s'est ensuite réparti le travail en formant des groupes plus restreints, l'un prenant en charge la conception du site, d'autres la charte graphique ou la communication. Jeudi à 10 heures, le live était lancé. 

"L'idée, c'est de faire ça 24 heures sur 24, dans la mesure du possible", explique "Paniac". "On invite les streamers à prendre des créneaux d'une ou deux heures, et chacun est libre de donner une tournure politique ou non au jeu vidéo", poursuit le joueur. Ce dernier diffusera sa partie vendredi soir, et entend parler du mouvement de grève pendant son live. 

Jeudi matin, par exemple, nous avons eu le jeu 'Sims 4', dans lequel il fallait faire arriver un Sim à la retraite."Paniac", streamer à franceinfo

"Nous ne faisons pas que des jeux vidéo", poursuit "Nat'ali", autre streameuse et organistratice du "Stream reconductible". Nous avons aussi un onglet de ressources rappelant nos droits de grève et expliquant la réforme des retraites", souligne-t-elle. 

"Je me sens vraiment concernée"

Ce genre d'initiative n'est pas une nouveauté sur Twitch et pour le milieu du streaming. Au mois de septembre, une troisième édition de "Z Event", un live tenu pendant plus de 50 heures, avait permis de récolter 3,5 millions d'euros pour l'Institut Pasteur. 

Pourquoi, cette fois-ci, s'être engagé contre la réforme des retraites ? "Je me sens vraiment concernée", explique "Nat'ali". "Nous savons ce que c'est, les conditions de travail déplorables, ou le fait d'être sous-payé", poursuit l'auto-entrepreneuse, tout en racontant "les heures supplémentaires pas payées" et le travail "jusqu'à pas d'heure" qu'elle a connu dans le milieu du jeu vidéo. 

Ce sont des conditions qui m'ont rendue malade. J'ai compris l'importance d'être syndiquée."Nat'ali" à franceinfo

"Paniac", lui, a manifesté dans le cortège parisien jeudi. Il dénonce "ce gouvernement qui passe son temps à grappiller des économies sur les personnes les plus faibles, tout en permettant des cadeaux aux plus aisés". En charge de la modération du "Stream reconductible", "Pandov", qui a également manifesté, s'inquiète lui aussi de la réforme qui s'annonce. "Nous avons autour de nous des travailleurs qui voient leurs durées de cotisation augmenter, leurs conditions de travail qui ne s'améliorent pas et leurs salaires qui stagnent, constate-t-il. "Notre objectif, c'est de continuer cette levée de fonds, pour continuer la grève." 

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