SNCF : Philippe refuse que le droit de retrait "soit détourné" pour "produire un désordre maximal"

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Lors des questions au gouvernement du Sénat, le Premier ministre a été interpellé sur le droit de retrait des agents de la SNCF et Didier Guillaume a répondu à une question sur l'agribashing.

Le droit de retrait des agents de la SNCF du 18 au 20 octobre, était-il justifié après l’accident survenu dans les Ardennes sur un train régional sans contrôleur ? Interpellé aux questions d’actualité au Sénat par la présidente du groupe CRCE (communiste, républicain, citoyen et écologiste), Éliane Assassi, le Premier ministre persiste et signe, après la cessation de travail de 17.000 cheminots sur 23.000 conducteurs et contrôleurs. « Mon analyse, celle de la direction de la SNCF, c’est que, à ce moment-là précis, dans le contexte de l’entreprise, quelque chose qui relèvement du détournement du droit de retrait a été effectué », a-t-il répété. « Nous ne pouvons accepter que ce droit (…) soit détourné de son objet pour produire un désordre maximal ! »

Selon le Code du travail, un salarié dispose d’un droit de retrait, dans toute situation de travail où il a un « motif raisonnable » de penser qu'elle présente un « danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé » (risque pouvant se réaliser brusquement et dans un délai rapproché). C’est ce que les syndicats ferroviaires ont fait valoir, estimant qu’un conducteur, de surcroît blessé, ne pouvait pas secourir à lui seul les passagers.

Au cours de sa question, la sénatrice de Seine-Saint-Denis a rappelé que cette disposition avait été validée par deux inspections du travail de la région Grand-Est et que le gouvernement assénait des « contre-vérités au mépris » de leur avis. « En tant qu’actionnaire unique de la SNCF, que répondez-vous aux inspecteurs du travail qui recommendent le retour des contrôleurs dans les trains, dans l’attente d’une évaluation complète des risques », lui a-t-elle demandé.

« Un écran de fumée relancer un énième débat sur le droit de grève », selon Éliane Assassi

Le chef du gouvernement a estimé qu’elle et lui n’avaient pas « la même appréciation de la façon dont s’applique le droit de retrait », citant par exemple les perturbations sur les grandes lignes. « Je ne suis pas du tout un spécialiste, mais, j’ai personnellement du mal à comprendre comment, alors que l’accident intervient dans un contexte particulier sur un type de train particulier, des conducteurs d’autres matériels, à d’autres endroits, pourraient considérer que le même problème est susceptible de se poser à eux. »

Et de poursuivre : « Pourquoi est-ce qu’un conducteur de TGV ou de Ouigo aurait dit qu’il y ait pour lui ou pour les passagers une menace grave et immédiate alors que la question qui a été posée concernait des lignes qui n'étaient pas affectées aux grandes vitesses et qui intéressait exclusivement les conducteurs de TER ? »

Édouard Philippe a par ailleurs souligné que la compagnie et l’exécutif avaient « pris les décisions » qui s’imposaient, à savoir la demande d’un audit interne et la saisine du bureau d’enquête accidents. « On ne transige pas avec la sécurité », a-t-il martelé, après la question de la sénatrice. « Ni le gouvernement, ni l’entreprise n’ont répondu à cette inquiétude légitime, préférant par un écran de fumée relancer un énième débat sur le droit de grève », s’était-elle indignée.

« Il faut que la grande distribution et les entreprises respectent les agriculteurs et achètent le prix qui correspond » déclare Didier Guillaume

Lors des questions d’actualité au gouvernement, le ministre de l’Agriculture et de l’alimentation a été interpellé par Daniel Gremillet sur la loi Egalim censée améliorer la situation dramatique des agriculteurs et qui pour le sénateur (LR) n’a fait naître que des espoirs.

Didier Guillaume s’est défendu en estimant que les États généraux s’étaient conclus « par une décision unanime, de l’ensemble du monde agricole, des industries agroalimentaires, des entreprises de transformation, des coopératives et des responsables politiques, pour dire qu’il fallait changer la façon de faire. Et la première chose qu’il fallait changer c’était le prix payé aux agriculteurs. »

Le ministre de l’Agriculture renvoie la balle à la grande distribution et aux entreprises : « Toutes les filières sont dans les mêmes conditions. [Elles] veulent [toutes] que le coût de production qu’[elles] ont elles-mêmes fixé soit respecté. Ce n’est pas le gouvernement qui le fait respecter, c’est le marché (…) Ce sont les coopératives qui achètent le lait, ce n’est pas le gouvernement. C’est la grande distribution qui achète les produits, ce n’est pas le gouvernement et c’est la raison pour laquelle nous en sommes à plus de 3000 contrôles de la DGCCRF [la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes - NDLR]. Il en reste 2000 à faire. Nous prendrons encore plus de sanctions s’il le faut. Il faut que la grande distribution et les entreprises respectent les agriculteurs et achètent le prix [qui]correspond ».

Mardi 22 octobre, des agriculteurs se sont mobilisés et se sont rassemblés devant les préfectures, exprimant leur ras-le-bol devant l’agribashing, la guerre des prix  et en ont appelé au Président de la République.

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