"On est tous crevés" : à Paris, des milliers de policiers de toute la France manifestent leur colère dans la rue

Lors de la \"marche de la colère\" des policiers, tous habillés en civil, de la place de la République à la place de la Bastille, à Paris, mercredi 2 octobre.
Lors de la "marche de la colère" des policiers, tous habillés en civil, de la place de la République à la place de la Bastille, à Paris, mercredi 2 octobre. (VIKTOR POISSON / HANS LUCAS)

Les fonctionnaires de police ont répondu à l'appel de l'intersyndicale, ce mercredi. Une mobilisation sans précedent, afin de dénoncer notamment leurs conditions de travail.  

"Mes collègues sont prêts à aller loin tout en restant républicains !" lâche Nicolas Vincent, policier et secrétaire syndical dans les Alpes-Maritimes. Il a fait le déplacement à Paris avec ses collègues pour participer à la "marche de la colère" de la police, de la place de la Bastille à la place de la République, mercredi 2 octobre. Habillés en civil, tous grades confondus, 27 000 hommes et femmes, selon les syndicats de police, sont descendus dans la rue pour manifester leurs nombreuses inquiétudes

Le cortège, encadré par des équipes de sécurité siglées d'un brassard "police" sur le bras, s'élance vers 13h30 sur le boulevard Beaumarchais, au son des sifflets distribués peu avant le départ. Un animateur installé sur un camion, situé en tête de cortège, demande aux participants de faire du bruit pour leurs 52 collègues qui se sont donné la mort depuis le début de l'année. Certains manifestants portent un cercueil marqué d'un "stop aux suicides". Le taux de suicide dans les forces de l'ordre est supérieur de 36% à celui du reste de la population. 

"Un week-end complet sur six"

"Policiers en colère, à Stains, on est tous crevés", peut-on lire sur une pancarte tenue par la délégation venue de Seine-Saint-Denis. Les policiers dénoncent une usure opérationnelle due au mouvement des "gilets jaunes", qui a débuté le 17 novembre 2018. "La majorité des policiers ne bénéficient que d’un week-end complet [de repos] sur six et ils doivent prendre leurs jours de repos en semaine", déplore Nicolas Vincent. Les fonctionnaires ont cumulé des milliers d'heures supplémentaires non récupérées et non payées pour l'instant. Quant aux heures de nuit, elles sont peu rémunérées.

Autre sujet dans la ligne de mire des policiers : la vétusté de certains commissariats, des véhicules, ou encore le fait de devoir parfois acheter son propre matériel. "Si Amazon avait le parc auto de la police nationale, aucun colis n'arriverait à destination", témoignent certaines pancartes brandies par les manifestants. Ils réclament aussi davantage de moyens humains.

Le cortège avance calmement le long du boulevard. Policiers et gendarmes en faction sont toutefois en alerte, veillant à anticiper tout débordement. Les manifestants renvoient toute demande d'interview de la part des journalistes présents vers leurs porte-parole syndicaux. Ces derniers évoquent également le projet de réforme des retraites qui risque de mettre un terme à leur régime spécial. Si le principe de droit au départ anticipé devrait être maintenu (dès 52 ans), il ne le sera plus pour tous les policiers, mais seulement en fonction de la dangerosité de leurs missions. Or, "l’exercice du métier de policier est par définition dangereux", déclarent les représentants syndicaux.

Des "gilets jaunes" encerclés par les gendarmes

Tout le long du cortège, des petits groupes de "gilets jaunes" postés sur le trottoir sont rapidement encerclés par les gendarmes. Devant chaque groupe de "gilets jaunes" mis à l'écart, le cortège de policiers marque une pause en entonnant un extrait de La Marseillaise puis en sifflant. En tête du défilé, d'autres "gilets jaunes" déploient précipitamment une banderole dénonçant des violences policières : "Pression hiérarchique, pression sur la gâchette, la vraie violence est la vôtre." Photos de manifestants blessés à l'appui, ils scandent "policiers déchaînés, citoyens en danger !" avant d'être à leur tour contraints par les gendarmes de retirer leurs affiches. Au même moment, le journaliste indépendant Gaspard Glanz est écarté de la manifestation par les forces de l'ordre. Selon ce qu'il rapporte sur son compte Twitter, il a été emmené au commissariat du 11e arrondissement et relâché deux heures plus tard. 

Il est un plus de 15 heures quand le cortège arrive à la Bastille, où il observe une minute de silence en hommage aux 52 fonctionnaires qui ont mis fin à leurs jours. Les policiers espèrent une table ronde avec le gouvernement qui leur apportera des réponses concrètes. 

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