Grève des fonctionnaires : ils ne sont pas "les oubliés de ce début du quinquennat"

Manifestants contre la politique du gouvernement, le 3 octobre 2017 à Amiens (Somme). 
Manifestants contre la politique du gouvernement, le 3 octobre 2017 à Amiens (Somme).  (FRANCOIS NASCIMBENI / AFP)

Laurent Bigorgne, directeur de l'Institut Montaigne et soutien d'Emmanuel Macron, a défendu la politique du gouvernement mardi, alors que les fonctionnaires descendent dans la rue pour dénoncer les réformes sociales. 

Les fonctionnaires sont en grève mardi 10 octobre à l'appel de neuf fédérations syndicales pour dénoncer les réformes sociales du gouvernement. Laurent Bigorgne, directeur de l'Institut Montaigne et soutien d'Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle, n'est "pas sûr qu'on puisse dire que les fonctionnaires soient les oubliés de ce début du quinquennat". Il a dénoncé sur franceinfo les syndicats qui jouent "l'emploi contre la fiche de paie" et les gouvernements successifs qui n'ont pas su "redonner un sens à la mission des agents" publics.

franceinfo : cette grève des fonctionnaires vous paraît-elle justifiée ?

Laurent Bigorgne : Si un Martien débarquait aujourd'hui en France, il aurait du mal à imaginer que ce sont les fonctionnaires les plus malheureux du système. Ce qu'il verrait avant tout, c'est notre taux de chômage, notre chômage de longue durée, c'est la situation des jeunes les moins qualifiés. Le droit de grève est un droit constitutionnel. C'est très bien, au moment où partout les libertés se rétractent dans le monde occidental, que ce droit soit exercé. Je ne suis pas sûr que l'on puisse dire que les fonctionnaires soient les oubliés de ce début du quinquennat. L'augmentation de la masse salariale de la fonction publique, c'est 4% en 2017. L'année prochaine, c'est 2,5%. J'ai du mal à voir comment la potion serait amère.

Un salaire de 1 400 euros par mois après 16 ans d'ancienneté pour une blanchisseuse travaillant dans le milieu hospitalier, cela vous paraît beaucoup ?

On a fait un choix qui a été le produit d'une cogestion entre l'État et les organisations syndicales. Il y a une préférence dans ce pays, y compris du côté des organisations syndicales qui n'avouent jamais, pour jouer l'emploi contre la fiche de paie. On a fait le choix en France d'avoir une fonction publique très nombreuse : 5,5 millions de fonctionnaires (...). Quand vous avez énormément de fonctionnaires, (...) vous vous trouvez dans une situation ou vous ne pouvez pas jouer sur les augmentations. Il y a une augmentation qu'on refuse systématiquement, c'est l'augmentation au mérite par idéologie.

Les fonctionnaires disent qu'ils se sentent déconsidérés…

Il y a bien une chose que les différents quinquennats ont échoué à faire depuis plusieurs années, c'est de redonner un sens à la mission des agents. Descendez cet après-midi dans la rue, interrogez les fonctionnaires, vous verrez que la première des demandes, c'est la qualité de l'outil de travail, la confiance que l'on peut avoir dans le management direct et le sens de la mission. Et là, effectivement il y a un vide parce qu'on ne parle aux fonctionnaires, depuis des années, que de façon budgétaire et pas de la mission, pas de l'action, pas de l'organisation.