Trois questions sur le SAS, ce nouveau dispositif prévu pour désengorger les urgences

Le service des urgences du CHU de Nantes est en grève, le 27 août 2019.
Le service des urgences du CHU de Nantes est en grève, le 27 août 2019. (LOIC VENANCE / AFP)

Il s'agit du projet phare du plan d'Agnès Buzyn pour soulager les services d'urgence : le SAS (Service d'accès aux soins) est une plateforme qui sera disponible par téléphone et en ligne, à l'été 2020, pour permettre à tous d'avoir accès rapidement à un professionnel de santé.

Agnès Buzyn cherche toujours une porte de sortie à la crise des urgences. La ministre de la Santé a présenté un "pacte de refondation" de 750 millions d'euros sur trois ans pour tenter de répondre à l'engorgement des services, lundi 9 septembre. Au cœur de ce nouveau plan se trouve la création d'un Service d'accès aux soins (SAS), dont l'objectif reste de mieux orienter la population et d'éviter des déplacements inutiles à l'hôpital. Franceinfo répond à trois questions sur ce dispositif aux contours encore flous. 

Qu'est-ce que le SAS ?

En ligne ou par téléphone, 24 heures sur 24, ce nouveau service d'accès aux soins permettra à toute personne de contacter rapidement un médecin. "Il permettra aux patients d'accéder à toute heure et à distance à un professionnel de santé, qui lui fournira un conseil, une téléconsultation ou une orientation vers une structure, qu'elle soit hospitalière ou libérale, selon son état, vers une consultation sans rendez-vous ou un service d'urgences", a détaillé Agnès Buzyn lors de sa conférence de presse.

Prévu pour être fonctionnel d'ici "à l'été 2020", ce SAS proposera aussi sur son site une carte où chacun pourra chercher les structures disponibles à proximité de son domicile, que ce soit un cabinet médical, une pharmacie de garde, un service d’urgences... Il sera même possible d'obtenir une estimation du temps d’attente pour les urgences. Il s'agit de la première et principale mesure du plan pour les urgences de la ministre de la Santé. Sur les 750 millions d'euros prévus, près de la moitié (340 millions) doivent financer ce nouveau service d'accès aux soins. "Vu l'enveloppe prévue, il s'agit d'une mesure phare, donc elle aurait nécessité un peu plus de détails", confie à franceinfo Serge Smadja, secrétaire général de SOS Médecins France.  

Que reste-t-il à préciser dans le dispositif ?

Agnès Buzyn a lancé une concertation des différents acteurs du monde de la santé avant d'annoncer tous les contours de son nouveau service. Une discussion doit ainsi s'ouvrir rapidement entre médecins libéraux, professionnels hospitaliers et pompiers. "Je leur donne deux mois pour me proposer un modèle", a prévenu la ministre.

Sans acter la création d'un numéro unique pour les urgences afin de remplacer les numéros existants (15, 18, 112, 116-117), elle semble avoir fait un pas de plus vers cette solution. "C'est une obligation, cela fait trop longtemps qu’on tergiverse", a déclaré Agnès Buzyn en répondant aux questions de la presse. Sans préciser quel numéro avait sa préférence, elle a indiqué compter sur la bonne volonté des professionnels de santé qui se battent depuis plusieurs années sur cette question : "Je ne veux plus de guerre de tranchées entre les médecins libéraux et les urgences."

Comment cette annonce est-elle accueillie ?

Les réactions sur ce nouveau service aux contours flous sont très mitigées. "On rêve ! Déjà, on a un mal fou à faire fonctionner ce qui existe, on n'arrive pas à trouver un accord (...) pour faire travailler les pompiers et les médecins", s'est ainsi agacé Patrick Pelloux, président de l'association des médecins urgentistes de France (Amuf) sur RTL. Et là, on nous impose quelque chose de nouveau, on remet une couche sur le millefeuille." Joint par franceinfo, Christophe Prudhomme, porte-parole de l'Amuf, n'est pas non plus convaincu : "C'est une mesure gadget pour noyer le poisson, le vrai problème, aujourd'hui, c'est la coopération entre les services du Samu et des pompiers."

Jean-Paul Ortiz, président de la Confédération des syndicats médicaux français, confie à Ouest France (article payant) son inquiétude face à ce SAS, craignant "que les appels les plus urgents soient noyés dans la masse". De son côté, la Fédération nationale des sapeurs-pompiers "ne pense que du bien des SAS", selon le quotidien régional. Les pompiers prônent le maintien de deux numéros : le 112 pour tout ce qui est urgent. Et le 116-117 pour le conseil médical. Car c'est bien la question d'un possible numéro unique qui cristallise les oppositions à ce projet de services d'accès aux soins. 

"Si vous avez un cambriolage, vous appelez davantage la police que le Samu. On peut toujours améliorer les choses, mais la question n'est pas celle du numéro unique. C'est un sujet très complexe et c'est pour ça que la ministre hésite", juge Serge Smadja, secrétaire général de SOS médecins France. "On souhaite que la population puisse identifier très clairement la place de la médecine de ville et la place des médecins libéraux, avec un numéro spécifique (qui existe actuellement, 116-117), explique à franceinfo Jacques Battistoni, président du Syndicat des médecins généralistes de France. Quand on parle d'un numéro unique, on parle d'un numéro qui existe déjà : le 15. Il réceptionne l'ensemble des appels et se retrouve déjà surchargé par des appels qui ne sont pas de l'ordre des urgences."

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