Moyens, effectifs, conditions de travail... Pourquoi tout l'hôpital public est en grève ce jeudi

Une manifestation du collectif Inter-urgences, le 29 octobre 2019 à Paris.
Une manifestation du collectif Inter-urgences, le 29 octobre 2019 à Paris. (JEROME LEBLOIS / HANS LUCAS / AFP)

L'ensemble des personnels hospitaliers est appelé à manifester dans toute la France, pour réclamer davantage de moyens.

Des médecins aux aides-soignantes, des doyens aux étudiants, c'est un hôpital public à bout de souffle qui est appelé à manifester, jeudi 14 novembre, pour exiger davantage de moyens et d'effectifs, pendant que le gouvernement peaufine un "plan de soutien" très attendu. Sous pression budgétaire depuis des années, portée à ébullition par la grève des urgences, la Cocotte-Minute de l'hôpital a fini par exploser.

L'appel à une "grande manifestation", lancé il y a un mois par le nouveau collectif Inter-Hôpitaux, a fait le plein de soutiens. A commencer par le collectif Inter-Urgences, à l'origine d'un mouvement social inédit, débuté en mars à Paris et qui s'est étendu à tout le pays, avec encore 268 établissements touchés lundi.

Franceinfo vous explique les raisons de cette mobilisation, qui pourrait être d'une ampleur inédite.

Parce que la situation est critique

"L'hôpital public s'écroule". C'est le constat formulé, dans une tribune au Monde, par 70 directeurs médicaux de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). "Nous ne sommes plus en mesure d'assurer nos missions dans de bonnes conditions de qualité et de sécurité des soins", s'alarment les signataires, avant de détailler les problèmes : réductions budgétaires, fermetures de lits et de salles d'opération, postes non pourvus, surcharge de travail, épuisement des soignants.

Dans Le Parisien, ce sont 2 000 professionnels de la pédiatrie qui s'inquiètent. "La crise de l'hôpital public expose les enfants à être moins bien soignés, voire même à être mis en danger par l'insuffisance des moyens", estiment-ils, avant de développer : "Cette situation de crise est vécue désormais quotidiennement par les équipes comme une médecine de guerre : choisir quel enfant hospitaliser en priorité, quelle chirurgie pourtant indispensable différer pour prendre en charge une urgence vitale, transférer des enfants instables dans des réanimations à plus de 200 km de leur domicile"...

Le manque de moyens joue aussi sur l'état des bâtiments hospitaliers. A la Timone, à Marseille (Bouches-du-Rhône), certains murs sont délabrés, on trouve parfois des cafards dans la salle d'attente et de l'eau marron peut sortir des robinets, comme le raconte notre journaliste Solenne Le Hen dans ce reportage"Depuis dix ans, l'hôpital public a été la variable d'ajustement de la dépense publique, résume dans Libération Yasmina Kettal, coordinatrice du collectif Inter-Urgences. Ce n'est plus possible, nous sommes à un point de rupture".

Parce que tous les syndicats et tous les métiers sont unis

Fait rare, tous les syndicats de la fonction publique hospitalière s'y sont ralliés, en particulier la CGT, FO et la CFDT, qui peinent tant à s'accorder sur d'autres sujets au niveau national. Chez les praticiens, les anesthésistes du Snphare tablent sur "une mobilisation historique", tandis que les gynécologues du Syngof ont "préparé la grève en évitant toute programmation de soins non urgents".

Du côté des étudiants, les carabins de l'Anemf et les futures sages-femmes de l'Anesf ont rejoint le mouvement, avec la bénédiction des doyens de médecine, qui ont décrété une "journée sans activités dans toutes les facultés". Leurs aînés en internat, indispensables au fonctionnement des services hospitaliers, sont pour leur part consultés par leur intersyndicale (Isni) sur une possible grève "totale et illimitée à partir du mardi 10 décembre". L'inquiétude remonte jusqu'aux pontes des commissions médicales d'établissements (CME), qui évoquent un "état d'urgence républicaine". Même l'Ordre des médecins "comprend ce désarroi" dû à "des conditions de travail toujours plus difficiles" et attend "une réponse à la hauteur des enjeux"

Les revendications n'ont pas changé depuis le début de la crise des urgences, il y  a huit mois : augmentation des salaires de 300 euros, hausse des effectifs et réouverture des lits supprimés. Elles sont désormais reprises à tous les étages de l'hôpital, des aides-soignantes aux chefs de service, jusqu'à la direction. Selon les calculs de Yasmina Kettal, du collectif Inter-Urgences, citée par Libération, il faudrait 3,8 milliards d'euros de surcroît de crédits pour satisfaire ces revendications.

Parce qu'ils veulent mettre la pression sur le gouvernement qui prépare un plan de soutien

Cette grève intervient alors que la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a promis en réponse un "plan de soutien" qui mettra l'accent sur "un meilleur investissement courant" et "la revalorisation des salaires, notamment en début de carrière". Mais la ministre de la Santé a déjà échoué par deux fois à sortir de ce conflit : ni la prime mensuelle de 100 euros versée depuis juillet, ni le plan de "refondation" annoncé en septembre n'ont suffi à faire baisser la tension.

Les manifestants visent désormais plus haut : le cortège parisien s'élancera à 14 heures de Port-Royal en direction des Invalides, en espérant que leurs représentants seront reçus à Matignon, où se trouve les bureaux du Premier ministre Edouard Philippe. Parmi les pistes étudiées par le gouvernement pour répondre à la crise, la reprise de la dette hospitalière ou la hausse des dépenses de santé, fixée pour le moment à 2,1% dans le budget 2020.

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