Mesures d'Agnès Buzyn pour les urgences : "Nous sommes très déçus, ce n'est pas à la hauteur des enjeux"

Christophe Prudhomme, porte-parole de l\'association des médecins urgentistes de France, le 21 février 2019.
Christophe Prudhomme, porte-parole de l'association des médecins urgentistes de France, le 21 février 2019. (C?CILE CHAMPAGNAT / MAXPPP)

Christophe Prudhomme, porte-parole de l'association des médecins urgentistes de France, dénonce des mesures qui sont pour la plupart des "gadgets".

"Nous sommes très déçus. Ce n'est pas à la hauteur des enjeux. La crise est grave, profonde", a expliqué lundi 9 septembre sur franceinfo Christophe Prudhomme, porte-parole de l'association des médecins urgentistes de France, après les nouvelles mesures dévoilées par Agnès Buzyn pour répondre à la crise des urgences. La ministre de la Santé, a annoncé notamment le déblocage de "plus de 750 millions d'euros" et la création du SAS (Service d'accès aux soins) "pour répondre à toute heure à la demande des Français".

"C'est l'ensemble du système de santé qui dysfonctionne. Il va falloir plus que ces quelques mesures qui pour certaines sont des gadgets", a estimé Christophe Prudhomme. Selon lui, "la ministre a mis beaucoup de temps à répondre. Quand on laisse pourrir un mouvement, le niveau d'exigence augmente. La situation s'est dégradée entre le début du mouvement et aujourd'hui."

franceinfo : Les mesures annoncées par Agnès Buzyn sont-elles à la hauteur de la crise ?

Christophe Prudhomme : Non, absolument pas. C'est l'ensemble du système de santé qui dysfonctionne. Il va falloir plus que ces quelques mesures qui pour certaines sont des gadgets. Il y a le problème du financement. Les sommes annoncées par la ministre peuvent paraître importantes, mais elles ne résultent que d'un redéploiement budgétaire. Ce sont des crédits existants. Le budget alloué aux hôpitaux ne permet pas de maintenir le potentiel de lits. On ferme des lits chaque année parce qu'on n'a pas assez d'argent pour maintenir ces lits ouverts. Aujourd'hui, la crise est profonde, il va falloir que la ministre avec la majorité parlementaire décident dans les semaines qui viennent d'une augmentation très substantielle du budget de la sécurité sociale. Nous, ce que nous demandons, c'est une augmentation du budget des hôpitaux et des Ehpad [établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes] de 5%. Il y a une chose dont la ministre n'a absolument pas parlé, ce sont les salaires. Le problème des salaires est très important à l'hôpital, que ce soit pour l'aide-soignant, l'infirmier et les médecins.

Tous ces projets sans ouverture de lits, sans recrutement ne serviront à rien ?

On va bricoler. Il y a des choses intéressantes dans ce que propose la ministre, mais ce sont des choses qu'on propose depuis des années qui n'ont pas été mises en œuvre. Que l'on réorganise dans les territoires une offre de soins avec des médecins généralistes et qu'on régule cette installation pour qu'il y en ait à proximité de tout citoyen. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. On a pour la première fois des discussions qui vont s'ouvrir sur les numéros d'appel. Il ne faut pas les multiplier. Aujourd'hui nous avons un problème de coordination entre les pompiers et le Samu. Il faudrait que la ministre donne des consignes très précises aux gens qu'elle pilote, les directeurs d'hôpitaux et les directeurs d'ARS [Agences régionales de santé] pour que son discours soit en adéquation avec ce qui se passe sur le terrain. Aujourd'hui, on ferme des Samu. On a fermé le Samu de la Nièvre au mois d'octobre. Le Samu de l'Yonne est menacé. Le problème budgétaire est incontournable et la ministre n'y a pas répondu. C'est un préalable pour nous.

Les 750 millions d'euros ce sont des crédits qui existent, et qui seront déployés pour mettre en place les mesures annoncées. Savez-vous où cet argent sera pris ?

Dans mon hôpital aujourd'hui, il est pris en supprimant des emplois et des lits en particulier en gériatrie avec ce fameux tout ambulatoire. Un lit représente deux emplois à l'hôpital. Dans les hôpitaux on ne pense qu'à l'argent, l'humain est oublié. En ce qui concerne les personnels des urgences avec le collectif Inter-urgences, les syndicats, nous sommes très déçus. Ce n'est pas à la hauteur des enjeux. La crise est grave, profonde. La ministre a mis beaucoup de temps à répondre. Quand on laisse pourrir un mouvement, le niveau d'exigence augmente. La situation s'est dégradée entre le début du mouvement et aujourd'hui. A l'hôpital de Mulhouse, dix médecins ont démissionné, il faut faire appel à la réserve sanitaire. A Sisteron, les urgences ferment à 20h30, il faut faire 50 kilomètres en allant à Gap quand on a besoin des urgences. Il faut que la ministre [Agnès Buzyn] rétablisse un véritable dialogue social. Cet après-midi [lundi 9 septembre] on a assisté à un grand show médiatique où elle a invité quelques personnes qui n'ont pas eu droit à la parole.

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