La grève des urgences "ne s'arrêtera pas avant qu'on ait une réponse précise du ministère", annonce le collectif Inter-Urgences

Une affiche du Collectif Inter-Urgences, le 6 juin 2019 à Paris.
Une affiche du Collectif Inter-Urgences, le 6 juin 2019 à Paris. (JEAN PIERRE N'GUYEN / MAXPPP)

Christophe Le Tallec, vice-président du collectif Inter-Urgences, explique, mercredi sur franceinfo, que la situation s'aggrave dans les services d'urgences.

Un patient est resté cinq jours sur un brancard aux urgences du CHU de Saint-Étienne. Depuis le début du mois de juillet, 28 lits sont fermés temporairement dans deux services post-urgences de cet établissement. Les soignants sont en colère. Entamée mi-mars dans un hôpital parisien, la grève des services d'urgence a essaimé dans des dizaines de sites partout en France. Christophe Le Tallec, vice-président du collectif Inter-Urgences et aide-soignant de nuit aux urgences du CHU de Nantes, était l'invité de franceinfo, mercredi 31 juillet, pour explique la situation aux urgences.

franceinfo : Est-ce seulement depuis cet été que les urgences rencontrent des problèmes ?

Christophe Le Tallec : Cet été et bien avant. On n'est pas du tout étonnés de ce qu'il se passe, parce que ça fait des années que nous travaillons dans les services d'urgence, des années que nous dénonçons cela auprès de nos directions respectives dans différents services en France. Aujourd'hui, la situation s'aggrave de par la fermeture de lits qui est constante dans les établissements hospitaliers. C'est une volonté politique de fermetures de lits pour développer l'ambulatoire.

Or, ça ne fonctionne pas. La population augmente et vieillit, on n'arrête pas de le dire. Fermer des lits de médecine, d'autant plus en période d'été en post-canicule, c'est tout à fait aberrant. Les structures ne sont pas du tout adaptées pour accueillir la population, les soignants ne sont pas assez nombreux. Donc, comme la personne qui est restée cinq jours à Saint-Etienne, il y a partout en France des gens qui restent sur les brancards. À Saint-Nazaire, par exemple, la semaine dernière, il y a eu 103 personnes en hospitalisation-brancard, c'est-à-dire 103 personnes qui n'ont pas trouvé de lits dans l'établissement, alors qu'elles doivent être hospitalisées.

Est-ce qu'à aucun moment ils ne sont dans une chambre d'hôpital ?

Ils sont dans un couloir, dans ce qu'on appelle des zones d'attente-départ où il n'y a pas de lit. Les gens restent sur des brancards, parce qu'on attend une hospitalisation ou des résultats d'examen. Il n'y a pas de place dans l'établissement, à cause de la fermeture de lits qui est pérenne dans les établissements, mais également dans ces périodes transitoires d'été, où on ferme des lits sous prétexte qu'il faut donner des congés aux salariés. Mais il faut embaucher aussi pour maintenir ces lits ouverts, parce que les usagers ont besoin de ces lits pour être accueillis de façon décente et humaine.

La charte du patient hospitalisé a été mise en place dans les établissements, la loi l'a rendue obligatoire. Mais elle n'est pas du tout respectée. Aujourd'hui, je dis aux associations d'usagers, qui sont agréés par le ministère de la Santé, de se rebiffer sur cette charte des patients et de dire qu'elle n'est pas appliquée. Il faut la rendre applicable en maintenant des lits ouverts, en donnant du personnel aux établissements, aux urgences mais également à tous les services hospitaliers. Le personnel soignant considère qu'aujourd'hui, les politiques les mènent dans la maltraitance hospitalière. Les directions obligent les soignants à maltraiter des patients. Ce n'est pas du tout ce que l'on veut, parce que nous sommes là pour apporter de l'aide, c'est ça la mission de soignants. Et ce dans la sécurité pour les patients et des personnels.

Le personnel des urgences est en grève un peu partout en France, notamment à Saint-Etienne depuis le 5 juin dernier. Est-ce que cette grève peut compliquer encore les choses ?

Cette grève ne complique pas les choses, puisque nous faisons notre travail. C'est une volonté de l'ensemble du personnel de faire fonctionner les services normalement. Nous n'avons pas beaucoup de moyens de nous faire entendre malheureusement, à part manifester et débrayer de temps en temps. Malgré tout, avec l'Inter-Urgence que nous avons mis en place, on continue à mettre une pression sur le gouvernement, sur madame Buzyn, sur monsieur Macron et sur Edouard Philippe pour leur faire comprendre qu'il y a urgence à entendre les personnels des urgences et des autres services hospitaliers.

Nous allons organiser le 10 septembre une nouvelle assemblée générale des services d'urgences en grève à Paris. Nous allons inviter tous les autres services qui sont aujourd'hui aussi dans un mouvement social - notamment les Ehpad, la psychiatrie, qui depuis des mois également sont en action - pour qu'on puisse ensemble se faire entendre sur les besoins des services hospitaliers. Si ça ne change pas aujourd'hui, des populations seront en danger. Nos politiques, qui ont été élus, ont à charge la sécurité des patients. Quand on voit dans certains secteurs qu'on ferme des lignes de Smur parce qu'on ne trouve pas de personnel, que dans d'autres on ferme les urgences la nuit parce qu'on ne trouve pas de personnel à embaucher... Il faut que le ministère sache qu'aujourd'hui, ce ne sera plus comme avant, parce que l'Inter-Urgences est là et qu'elle restera fonctionnelle pour changer les choses. Le système tel qu'il est aujourd'hui ne fonctionne plus, il est à bout.

La ministre de la Santé Agnès Buzyn avait annoncé des mesures avant les vacances d'été, notamment un déblocage de 70 millions d'euros dont 15 millions d'euros qui devaient permettre d'embaucher du monde cet été. Cet argent-là, en avez-vous vu la couleur ?

Beaucoup de services n'ont pas vu cet argent. Nous avons interrogé l'Agence régionale de santé à ce niveau, mais pour l'instant, c'est silence radio. Nous avons été reçus par monsieur Bubien, le directeur adjoint de Madame Buzyn, au début du mois de juillet. Les enveloppes ont soi-disant été distribuées aux ARS. Mais aujourd'hui les retours que nous avons eu des différents services d'urgence qui sont en grève, c'est qu'ils n'ont pas vu d'argent arriver. Il n'y a pas eu de personnel embauché tout de suite. On nous fait du chantage pour mettre des postes à l'arrêt de la grève. Sauf que la grève ne s'arrêtera pas avant qu'on ait une réponse précise du ministère.

Vous êtes à nouveau en ligne