Grève aux urgences : portrait d'une infirmière à bout

Une femme avec l\'inscription \"urgences en colère\" sur le dos, le 20 juin 2019, pendant un rassemblement à Nantes (photo d\'illustration).
Une femme avec l'inscription "urgences en colère" sur le dos, le 20 juin 2019, pendant un rassemblement à Nantes (photo d'illustration). (JÉRÉMIE LUSSEAU / HANS LUCAS)

Carmen Blasco, infirmière depuis 35 ans, a vu ses conditions de travail se dégrader d'année en année. 

"On n'est pas des robots-soignants !" Voilà le mot d'ordre des personnels hospitaliers, et notamment des urgentistes, qui prévoient une nouvelle journée nationale d'actions et de manifestations mardi 2 juillet. Depuis la mi-mars, les urgentistes de toute la France sont en grève.

Malgré les 70 millions d'euros annoncés par la ministre de la Santé pour calmer leur colère, les personnels hospitaliers continuent de réclamer des embauches et des hausses de salaire. Pour beaucoup d'entre eux, la qualité des soins s'est considérablement dégradée ces 15 dernières années.

Un hôpital transformé en usine

Carmen Blasco est infirmière depuis 35 ans, et il ne lui reste plus qu'une poignée d'années avant de prendre sa retraite. Elle a vu son métier évoluer d'année en année, et aujourd'hui, elle s'inquiète pour tout ceux qui débutent: "Je plains énormément les jeunes diplômés qui arrivent sur le marché du travail. J'ai beaucoup travaillé, mais je me suis, aussi, beaucoup épanouie dans mon travail. J'ai eu des relations passionnantes avec des patients. Aujourd'hui, on ne laisse plus cette possibilité aux jeunes diplômés. On leur laisse juste l'occasion d'être dans une usine de soins."

10 minutes maximum par patient

Pour Carmen Blasco , la dégradation des urgences a commencé il y a une dizaine d'années, avec ce que les pouvoirs publics ont appelé le "virage ambulatoire". Présenté comme un progrès, il permet aujourd'hui aux patients d'être opérés et de ressortir de l'hôpital le jour même. Cela économise donc des équipes de nuit, mais en contrepartie, le jour, le travail des infirmières est devenu plus dense... Et les cadences, impossibles.

"En ambulatoire, dernièrement, ils recoivent 70 patients par jour. Et on leur dit qu'ils ne sont pas assez rapides, parce qu'il faut compter, maximum, dix minutes par patient. C'est ce qu'on nous dit !", se désole Carmen. "Sauf que dix minutes par patient, c'est méconnaître complètement la pathologie. Ce sont des personnes âgées. Imaginez un peu, déshabiller une personne de 80 ans en dix minutes, tout en prenant ses constantes, tout en le rassurant, tout en le préparant...".

Si vous réussissez à faire les 70 personnes en dix minutes chacune, moi j'appelle ça un exploit.Carmen Blasco

Carmen gagne aujourd'hui 2 500€ nets par mois, après 35 ans d'activité. Et malgré tout, elle aime encore son métier. "Ce qu'il y a de terrible, c'est qu'il s'agit d'un métier passionnant, sourit l'infirmière. Parce que quand le vernis social tombe, que les gens sont dans la souffrance, qu'ils ont besoin d'aide, la relation entre eux et vous est tout simplement extraordinaire."

Si on nous laisse travailler dans de bonnes conditions, c'est un métier absolument fascinant.Carmen Blasco

Et pour toutes ces raisons, Carmen Blasco est partagée : elle avoue qu'elle redoute la retraite, qui arrive bientôt... Mais elle reconnait aussi l'attendre, au fond d'elle, avec impatience.

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