"On a été choqués" : quatre Islandais racontent les "Panama Papers"

Des Islandais demandent le départ du Premier ministre, cité dans l\'affaire des \"Panama Papers\", le 4 avril 2016 à Reykjavik (Islande).
Des Islandais demandent le départ du Premier ministre, cité dans l'affaire des "Panama Papers", le 4 avril 2016 à Reykjavik (Islande). (JOHANN HANSEN / CITIZENSIDE / AFP)

Entre 8 000 et 22 000 Islandais sont descendus dans les rues de Reykjavik, lundi, pour obtenir la démission du Premier ministre, Sigmundur David Gunnlaugsson, impliqué dans l'affaire des "Panama Papers".

Ils sont islandais et s'appellent Kamma, Lilja, Bergthora et Ariel. Lundi 4 avril, ils ont réagi au scandale des "Panama Papers" chacun à leur façon. Qu'ils soient descendus dans les rues de Reykjavik demander la démission du Premier ministre impliqué dans cette affaire d'évasion fiscale ou qu'ils aient suivi les événements sur les chaînes d'info, tous partagent le même sentiment : il faut en finir avec le mensonge et la corruption.

"En colère" et "consternés"

"Bien sûr que j’ai participé au rassemblement de lundi !" Kamma, 28 ans a vécu la manifestation de l’intérieur. "Les gens étaient assez en colère pour se bouger, mais l'ampleur de la mobilisation leur a vite rendu le sourire." Les bananes brandies en référence aux républiques bananières et les slogans scandés lundi dans les rues de Reykjavik ne trompent pas : les Islandais sont à bout.

Présente dans les manifestations de 2009 qui avaient provoqué la chute du gouvernement, Lilja aussi aurait aimé défiler. Mais la jeune femme de 27 ans a suivi ce mouvement de révolte depuis son bureau. "On a été choqués de la réaction du Premier ministre, qui paraissait à côté de la réalité. C’était très intense, on n’a pas décroché des chaînes d’info, concernés et consternés à la fois." Dans son entourage, tous bords politiques confondus, les gens souhaitent la démission complète de Sigmundur David Gunnlaugsson, "qui n’est pas encore définitivement acquise". Dans un communiqué du bureau du chef du gouvernement, envoyé mardi 5 avril, on pouvait lire : "Le Premier ministre a proposé au Parti du progrès que le vice-président du parti le remplace pour une période non déterminée. Le Premier ministre n’a pas démissionné et continuera à présider le Parti du progrès."

"La tempête n'est pas finie"

"Dégoût", "honte", "mauvais pour l’image du pays" : les mots ne manquent pas dans la bouche des Islandais pour décrire leur sentiment à l'égard de leurs dirigeants.

Ariel, 27 ans, a activement participé aux rassemblements de 2009 et d'avril 2016, comme en témoigne sa photo de couverture Facebook où on le voit défiler, tambour à la main. Il se présente comme un simple citoyen irrité par les mensonges et l'attitude du chef du gouvernement. "C'est hallucinant qu'il puisse encore imaginer retrouver son poste dans les prochaines semaines", tempête-t-il.

Même son de cloche chez Bergthora, 28 ans. Arrivée en France en septembre 2015, elle n’a plus aucune confiance dans le Premier ministre et son gouvernement. "Son parti et la coalition gouvernementale les ont soutenus, lui et les autres ministres impliqués. A aucun moment ils n’ont fait pression pour qu’il démissionne, c’est inacceptable !"

Certains, comme Lilja, souhaitent le départ définitif des trois membres du gouvernement liés à des compagnies offshore, "afin que celui-ci puisse continuer son important travail de réforme". D’autres, comme Kamma, sont favorables à un grand coup de balai, comme en 2009. "J’espère que ça ne se calmera pas avant que de nouvelles élections aient lieu, confie la jeune femme. Quand je vois les noms concernés par l'affaire qui sortent chaque jour dans la presse, j'ai le sentiment que la tempête n'est pas finie."

"Le Parti pirate peut apporter un vent nouveau"

Après la crise financière qui a frappé l'Islande de plein fouet en 2008, le gouvernement a redressé la barre : le taux de chômage a été ramené en dessous de 5%, le prêt bancaire de 2,1 milliards de dollars accordé par le FMI a été remboursé et la couronne islandaise a retrouvé un certain équilibre. De bons résultats qui se traduisaient jusqu'à dimanche par une opinion favorable des Islandais vis-à-vis de l'action de leurs dirigeants.

Mais, depuis lundi, le coup de balai est envisagé. Le Parti pirate islandais, emmené par Birgitta Jonsdottir, a instantanément enregistré une forte poussée dans les sondages. Crédité de plus de 40% d'opinions positives, il incarne le renouveau dans la tête de nombreux Islandais, avec des propositions visant à imposer des règles d'éthique plus strictes dans la vie politique.

"Les gens du Parti pirate ne sont pas des politiciens en costume hors de prix, ce sont des gens comme tout le monde. Je pense qu'ils sont plus dignes de confiance", estime Ariel.

Lilja est plus sceptique sur cette formation politique et sa capacité à prendre le pouvoir : "Ils sont trop divisés et pas assez clairs sur leurs intentions et leur stratégie. Je doute qu’ils puissent diriger le pays en l’état, même s’ils représentent une force politique importante."

Depuis la France, Bergthora souhaiterait voir le Parti pirate participer à une coalition gouvernementale : "Je pense qu'il peut apporter un vent nouveau en politique ou, au moins, mettre un coup de pied dans la fourmilière."