Comptes de politiques en Suisse : "Potentiellement une affaire d'Etat"

L\'entrée de la banque Reyl, photographiée le 8 avril 2013 à Genève (Suisse).
L'entrée de la banque Reyl, photographiée le 8 avril 2013 à Genève (Suisse). (FABRICE COFFRINI / AFP)

Un ancien employé de la banque Reyl affirme qu'il dispose d'une liste de noms d'ex-ministres ou d'actuels ministres détenteurs d'un compte en Suisse. L'analyse d'Antoine Peillon, spécialiste de l'évasion fiscale.

Il a lâché une véritable bombe devant les sénateurs français. Le 13 juin, Pierre Condamin-Gerbier, ancien employé de la banque Reyl & Cie, affirme qu'il dispose d'une liste "d'une quinzaine" de noms d'ex-ministres ou d'actuels ministres détenteurs d'un compte en Suisse. Journaliste à La Croix et spécialiste de l'évasion fiscale, Antoine Peillon décrypte pour francetv info ces révélations.

Francetv info : Quelle crédibilité peut-on accorder aux affirmations de Pierre Condamin-Gerbier ?

Antoine Peillon : Je ne vois rien d’étrange ou de malsain dans sa démarche. Il me paraît totalement désintéressé et souhaite que la vérité éclate. Personnellement, j’accorde une grande crédibilité à ces informations, sans avoir la complète certitude qu’elles sont exactes. Il faut encore les vérifier.

C’est une source que j’ai rencontrée à plusieurs reprises, qui m’a paru tout à fait sincère. Lors de notre dernière rencontre, le 29 mai à Genève, il m’a donné les noms et m’a expliqué les processus très complexes d’évasion fiscale. Je confirme qu’il y a sur cette liste des ministres et des anciens ministres. Nous sommes potentiellement en face d’une autre affaire d’Etat, puisqu’il s’agit de situations dont il a été le témoin direct.

Je remarque que je ne suis pas le seul à lui accorder une grande crédibilité. Depuis le mois de février, il est relation avec la police judiciaire et les douaniers qui ont été mobilisés par des juges d’instruction pour enquêter sur l'évasion fiscale.

La justice peut-elle le forcer à délivrer ce qu'il sait ? D'après Mediapart, Pierre Condamin-Gerbier aurait déjà donné à justice des noms de politiques ayant un compte en Suisse. 

Elle ne peut pas le forcer, mais il est disposé à donner cette liste de noms si toutes les conditions sont réunies. Le premier souci de Pierre Condamin-Gerbier, c’est de ne pas mettre en danger les procédures judiciaires en cours des juges d’instruction qui enquêtent sur Jérôme Cahuzac. Ces procédures judiciaires doivent être également bordées et ne doivent pas le mettre en danger personnellement. Il a peur de perdre son travail. Il peut être attaqué par la Suisse, où il habite, parce qu'il rompt le secret bancaire. Le procureur de Paris doit trouver la bonne méthode pour le protéger.

Ce genre d’accusations ne risque-t-elles pas de favoriser le "tous pourris" ?

Je ne sais pas si cela favorise le "tous pourris". Il faut plutôt se demander si on n'a pas un problème de corruption dans notre pays. D'ou viennent tous ces millions qui sont placés dans des comptes en Suisse ? En tout cas, ce qui est clair, c'est qu'on ne peut pas empêcher un témoin de cette importance de s’exprimer. Rien ne me choque pour le moment dans ses déclarations et notamment celles qu'il a faites au Sénat. Il n’a commis aucun délit, ni de diffamation, ni de dénonciation calomnieuse.