Reprise de Whirlpool : quatre questions sur la situation du site WN d'Amiens, placé en redressement judiciaire

L\'entrée de l\'usine WN, ex-Whirlpool, à Amiens (Somme), le 29 mai 2019.
L'entrée de l'usine WN, ex-Whirlpool, à Amiens (Somme), le 29 mai 2019. (DENIS CHARLET / AFP)

L'entreprise française, qui a repris le site du fabricant d'électroménager il y a un an, a été placé en redressement judiciaire en raison de débouchés commerciaux suffisants. Dans ce dossier, environ 160 emplois sont menacés.

Symboles de l'entre-deux-tours de l'élection présidentielle de 2017, les salariés de l'ancienne usine Whirlpool d'Amiens (Somme) ne sont pas tirés d'affaire. Un an après la reprise par la société WN, détenue par l'industriel local Nicolas Decayeux, le ciel ne s'est pas éclairci pour les quelque 160 employés. L'entreprise a ainsi été placée, mardi 28 mai, en redressement judiciaire, confirmant les craintes exprimées depuis plusieurs mois par les salariés. 

Que signifie cette décision ?

Le placement en redressement judiciaire a pour objectif de permettre la réorganisation de l'entreprise afin de permettre la poursuite de l'activité économique. L’entreprise n’est donc pas encore en faillite. Cette décision de la justice lui permet d'obtenir une protection du tribunal pour pouvoir verser les salaires, et pour trouver des solutions vis-à-vis du paiement de ses fournisseurs.

Comment l'entreprise en est-elle arrivée là ?

L'entreprise WN, qui a repris le site de Whirlpool le 31 mai 2018, avait pour ambition de se lancer dans la production de casiers réfrigérés connectés, ainsi que dans la fabrication de chargeurs de batteries pour vélos et de voitures ou encore la création d'une usine collaborative. Mais ces projets ambitieux n'ont quasiment pas vu le jour. "C'est terrible pour les salariés (...) mais on s'y attendait, ça fait un an que cette entreprise existe et il n'y a rien qui sort", a réagi Frédéric Chanterelle, délégué CFDT, après l'annonce du placement en redressement judiciaire.

Faute de débouchés commerciaux suffisants, WN "se trouve dans une impasse de trésorerie très importante qui va le conduire à se placer sous la protection du tribunal de commerce (...) pour assurer la prise en charge des salaires", a indiqué la préfecture de la Somme dans un communiqué. "Le faible chiffre d'affaires généré actuellement ne permet pas à l'entreprise de financer son activité malgré l'importance des efforts financiers consentis", poursuit la préfecture. Au moment de la reprise, l’Etat et la Région avaient effectivement aidé à hauteur de 2,5 millions d’euros et l'entreprise Whirlpool avait versé 7,4 millions d’euros. "Ce que Decayeux a touché par Whirlpool a payé les salaires" pendant un an, assure Frédéric Chanterelle.

Quelles sont les réactions ?

François Ruffin a dénoncé mercredi "six mois d'inaction" du gouvernement dans le suivi de l'usine. "Nous avons envoyé des courriers à l'Elysée, au ministère du Travail, à la préfecture, nous avons eu zéro réponse. Nous demandions à ce qu'il y ait un comité de suivi, que l'Etat s'implique dans le dossier pour analyser le marché", a dénoncé sur BFMTV le député de La France insoumise. 

L'élu exige désormais "une implication du président de la République et de l'argent sur la table". Emmanuel Macron s'était rendu plusieurs fois sur le site, notamment en octobre 2017 pour accompagner le projet de reprise. "Devant toutes les caméras et micros du pays, il avait assuré qu'il y aurait un avenir industriel, qu'il n'y aurait pas de souci", tempête le député LFI de la Somme. 

Les salariés ne masquent pas non plus leur colère. "On tirait la sonnette d'alarme depuis plusieurs mois ! (...) WN n'a pas de contrats ! Cela fait un an que les trois quarts des gens ne travaillent pas, il y a en gros quarante personnes qui travaillent. Forcément, quand il n'y a rien qui rentre, on ne peut plus payer, on l'a dit maintes et maintes fois à qui veut l'entendre, mais personne n'a bougé", a déploré à l'AFP Pascal Lefebvre, secrétaire adjoint CFTC du CE.

On s'est fait berner !Pascal Lefebvre, secrétaire adjoint CFTC du CEà l'AFP

"Nous avons alerté très tôt, dès l'automne dernier, pour dire que les salariés n'avaient pas de travail à l'intérieur de l'entreprise et en étaient réduits à faire du nettoyage et du jardinage", a confirmé François Ruffin sur BFMTV.

Quel espoir reste-t-il aux salariés ?

"Nous allons lancer dans les prochains jours des actions en justice" pour "réclamer l'annulation de la cession de l'usine" d'Amiens à WN, a annoncé Fiodor Rilov, avocat des ex-salariés de Whirlpool. Il juge que la cession est dénuée de business plan et estime donc qu'elle est "factice", et souhaite que "les responsables de cette nouvelle catastrophe sociale soient contraints de s'expliquer". Selon lui, le repreneur WN "va devoir se justifier sur les conditions dans lesquelles cette entreprise n'a jamais rien produit et a fait faillite". Mais ces actions en justice vont aussi viser Whirlpool "qui est le financeur de cette farce dramatique".

Dans un communiqué, le repreneur Nicolas Decayeux tente de son côté de rester optimiste. "Après un démarrage de l'activité tardif, l'entreprise est actuellement en négociation avec plusieurs partenaires sérieux pour développer son activité principale de Shopping Box, affirme-t-il en continuant de croire à un avenir meilleur pour son projet de casiers réfrigérés connectés.

Nous ne baissons pas les bras et nous continuons à croire à la réussite de notre projet novateur.Nicolas Decayeux, repreneur du site Whirlpooldans un communiqué

Mais, selon le site Mediapart, les espoirs de succès sont restreints dans une région qui se trouve déjà en difficulté économique. "Qu’est-ce qu’on va devenir, dans notre bassin d’emploi sinistré ? Avec des salariés qui ont plus de 50 ans de moyenne d’âge ? confie le syndicaliste Frédéric Chantrelle à Mediapart. Je viens de parler à Mickaël Wamen, qui a mené la lutte des Goodyear, pas loin de notre usine. Ils ont fermé en 2014, et moins de 50 % d’entre eux ont retrouvé un emploi aujourd’hui."

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