Sanction record pour EDF : "Ces grands groupes" ne doivent "plus faire leur trésorerie sur notre dos"

Alain Griset, le président de l’U2P (Union des entreprises de proximité), le 10 décembre 2018 à l\'Elysée, à Paris.
Alain Griset, le président de l’U2P (Union des entreprises de proximité), le 10 décembre 2018 à l'Elysée, à Paris. (LUDOVIC MARIN / AFP)

Accusé de payer en retard ses fournisseurs, le producteur d'électricité devra s'acquitter d'une amende de 1,8 million d'euros. Une décision saluée jeudi par l'Union des entreprises de proximité.

"Il faut qu'à un moment donné ces grands groupes comprennent que ce n'est plus possible de continuer de faire leur trésorerie sur notre dos", a expliqué jeudi 1er août sur franceinfo Alain Griset, président de l’U2P (Union des entreprises de proximité), après la condamnation du groupe EDF à une amende record de 1,8 million d'euros pour des retards de paiement vis-à-vis de ses fournisseurs. "Il est normal quand une entreprise travaille, elle soit réglée dans les délais normaux (…) ce message passé par la sanction infligée à EDF est un bon message que nous apprécions", a-t-il ajouté.

franceinfo : Cette condamnation d'EDF est une bonne façon de marquer les esprits et de rappeler les grands groupes à leurs responsabilités ?

Alain Griset : Oui, c'est immense. Malgré toutes les mesures qui ont été prises depuis quelques années, il y a des pratiques qui restent absolument inacceptables. Il faut qu'à un moment donné ces grands groupes comprennent que ce n'est plus possible de continuer de faire leur trésorerie sur notre dos, parce qu'en réalité, c'est ce qui se passe. On a des collègues qui connaissent de telles difficultés qu'ils sont obligés de déposer le bilan. C'est tout à fait inacceptable. On a calculé que l'encours auprès de nos entreprises est quelquefois aussi important que les crédits bancaires. Il faut que des mesures soient prises comme celles-là pour qu'à un moment donné chacun entre dans un processus vertueux. Il est normal quand une entreprise travaille qu'elle soit réglée dans les délais normaux.

Comment réagissent les entreprises victimes de ces retards de paiement ?

On est dans le cadre d'un rapport de force. Beaucoup de nos collègues n'osent pas engager des procédures contentieuses pour ne pas perdre des marchés. Ce rapport de forces doit évoluer. Il y doit y avoir des sanctions automatiques. Ce message passé par la sanction infligée à EDF est un bon message que nous apprécions. Quelques-uns de nos collègues ont une part de marché très importante avec un gros client. Ils sont totalement dépendants. Le rapport de force fait que ce gros client en abuse pour faire sa trésorerie sur le dos de la petite entreprise. Si ces grands groupes se rendent compte que ces pratiques vont les entraîner sur des amendes extrêmement importantes, je crois que la logique va reprendre son cours et que ces entreprises vont entrer dans des pratiques bien plus normales et conformes aux lois.

Le carnet de commandes est important, mais le carnet de paiement est tout aussi important ?

Il est important d'avoir des commandes, mais si la commande effectuée n'est pas payée, au bout du compte, c'est encore pire. Ça met l'entreprise en difficulté. Cette entreprise doit aussi acheter ses fournitures, payer ses salariés. Elle doit attendre, deux mois, trois mois, quatre mois. C'est insupportable. Nos entreprises n'ont pas la trésorerie suffisante pour faire face à ses difficultés. Normalement une facture doit être payée dans les 60 jours. Il y a eu une charte, il y a quelques années, que certains grands groupes ont signée, ceux-là ont mis en place des procédures qui vont bien. On voit bien que ça reste une minorité et que la plus grande partie des grandes entreprises sont tout à fait à côté des règles qui sont prévues par la loi.

Ce phénomène s'est-il amplifié ou bien existait-il depuis très longtemps ?

Au bout du compte. Il n'y a peut-être pas d'amplification. Ce sont des pratiques historiques. La difficulté c'est de les [entreprises] faire entrer dans des nouvelles règles qui sont plus vertueuses. Elles ont pris de mauvaises habitudes, elles ont du mal à en sortir. Aujourd'hui, il y a un certain nombre de banques qui comprennent bien ça et si on justifie le fait qu'on a une facture qui va être payée par un grand groupe, elles font l'avance, mais cette avance n'est jamais gratuite. Les découverts sont aujourd'hui à des taux bien plus élevés que le crédit. Et c'est l'entreprise qui doit supporter les découverts. Ces grands groupes ont largement les moyens de payer. Ce n'est pas pour eux une difficulté financière. C'est une question de pratiques.

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