L'ancien PDG de Carrefour "a eu raison" de renoncer à une partie de son indemnité, "ça ressemblait à une prime déguisée" (Medef)

L\'ancien PDG de Carrefour, Georges Plassat lors d\'une conférence de presse à Paris, le 31 juillet 2014.
L'ancien PDG de Carrefour, Georges Plassat lors d'une conférence de presse à Paris, le 31 juillet 2014. (MATTHIEU ALEXANDRE / AFP)

Thibault Lanxade, vice-président du Medef, était l'invité de franceinfo samedi 16 juin. Il estime que l'ancien PDG de Carrefour Georges Plassat "a eu raison" de renoncer à la clause de non-concurrence parce qu'elle "ressemblait fort à une prime déguisée".

Face à la polémique, l'ancien PDG de Carrefour,Georges Plassat a finalement renoncé à une partie de la rémunération accordée pour son départ. Sur les 14 millions d'euros qui lui étaient accordés, la somme de 4 millions d'euros pour clause de non-concurrence avait été jugée "choquante" par le gouvernement. Ce sont ces 4 millions d'euros auxquels Georges Plassat renonce. Thibault Lanxade, vice-président du Medef, était invité samedi 16 juin 2018 sur franceinfo. Il explique que l'ancien PDG "a eu raison" d'y renoncer car la somme pour clause de non-concurrence "ressemblait fort à une prime déguisée complémentaire". Mais pour Thibault Lanxade, "il faut comprendre pourquoi on en arrive à ces dysfonctionnements".

franceinfo : Est-ce que Georges Plassat a eu raison de renoncer à cette clause de non-concurrence et à ces 4 millions d'euros ?

Thibault Lanxade : Oui je pense qu'il a eu raison mais on peut toutefois se poser la question de savoir comment cette somme a été attribuée. Je pense que le Haut comité du gouvernement d'entreprise doit obtenir de la part de Carrefour toutes les explications sur les modalités. C'est la voie de la sagesse, il a préféré renoncer et c'est une bonne chose car les montants étaient importants. Il est vrai que ça a suscité une très vive émotion de la part des Français mais également de la communauté entrepreuneuriale. Mais il faut comprendre pourquoi on en arrive à ces dysfonctionnements.

Georges Plassat devait toucher au total 14 millions d'euros, il en laisse 4 mais il en touche quand même 10 pour son départ, comment peut-on en arriver à de telles sommes, surtout quand le groupe licencie à tour de bras ?

Les sommes qui concernent sa rémunération sont proposées par le conseil d'administration et votées en assemblée générale. Là nous sommes dans un processus logique, le tout est de savoir s'il y a des rémunérations supplémentaires : en l'occurrence la clause de non-concurrence quand on a 69 ans et qui ressemblait fort à une prime déguisée complémentaire. C'est là où il y a eu une erreur d'appréciation et il faut comprendre pourquoi on en arrive là. Après, les montants sont importants, mais ils sont importants parce que c'est le monde économique. Dans le monde du spectacle, dans le monde du football ce sont aussi des montants importants. Quand on parle du différentiel de salaires, oui il y a des différences importantes dans une entreprise, mais celui qui tond la pelouse sur un stade de foot a un différentiel de salaire qui est considérable par rapport à celui qui joue. Il faut comprendre que ces hautes rémunérations concernent 40 grands chefs d'entreprises, c'est le CAC 40. Après c'est une question morale, ce qui est un autre débat, l'important c'est de savoir si c'est dans la légalité.

Concernant les règles de gouvernance, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a sommé le patronat de prendre des mesures fortes, alors quelles sont les règles qu'applique le patronat ?

Chaque entreprise cotée en bourse doit abonder à un code de bonne conduite et ce code Afep-Medef a été visé par l'autorité des marchés financiers et a été approuvé par Bercy, le ministère de l'Economie et des Finances. Donc, quand ce code de bonne conduite est appliqué, cela ne pose pas de problème. Quand des entreprises s'écartent de ce code de bonne conduite, le Haut comité du gouvernement d'entreprise se réunit et il n'attend pas l'article de Libération pour se poser des questions, il a demandé à Carrefour de lui fournir des informations. Depuis que je suis au Medef, on a eu cinq histoires de rémunérations qui n'étaient pas appropriées, cinq sur l'ensemble des entreprises, donc c'est un code qui fonctionne. Le ministre a raison de demander de la vigilance, néanmoins, le président de Carrefour a renoncé à cette somme et nous allons continuer à poser des questions.