Carrefour : "Quand on est une entreprise en difficulté, on ne verse pas des indemnités déconnectées de la réalité économique"

Georges Plassat, ancien PDG de Carrefour
Georges Plassat, ancien PDG de Carrefour (ERIC PIERMONT / AFP)

L'ancien PDG de Carrefour Georges Plassat a renoncé à une partie de son indemnité de départ qui faisait polémique. La CFDT salue "une bonne nouvelle".

Sous la pression, l'ancien PDG de Carrefour Georges Plassat a renoncé à une partie de son indemnité de départ. Sur les 13,9 millions d'euros accordés, il a refusé 4 millions d'euros qui étaient liés à une clause de non-concurrence. "C'est une bonne nouvelle, mais qui arrive un peu tard", a réagi sur franceinfo Sylvain Mace, délégué CFDT de Carrefour. Selon lui, le monde de l'entreprise "doit vraiment adopter des codes de conduite qui correspondent à ce que vivent les salariés dans les entreprises".


franceinfo : Etes-vous satisfait de cette décision ?

Sylvain Mace : On pense que c'est effectivement une bonne nouvelle dans la mesure où on s'est beaucoup mobilisé depuis un mois pour faire barrage à cette rémunération qui était jugée indécente au regard de ce que vivent les salariés du groupe, c'est-à-dire un plan social. Après, est-ce que cette décision n'est pas un peu tardive ? C'est vraiment une question de fond puisqu'il a fallu déployer vendredi plus de 100 militants à l'assemblée générale des actionnaires pour protester donc c'est une décision qui est bienvenue mais qui arrive un peu tard et qui est partielle.

On sent que ce renoncement est en parti dû aux déclarations du ministre de l'Economie Bruno Le Maire, qui jugeait "choquante" cette rémunération. Est-ce le rôle du gouvernement de s'immiscer dans les politiques de rémunérations des grandes entreprises ?

Je pense que c'est le rôle de chacun de dire ce qui est tenable ou moins tenable. Au regard du point de vue éthique et du point de vue de la responsabilité sociale des entreprises, sur ce qu'il se passait chez Carrefour il y avait quelque chose de l'ordre de l'incompréhensible donc c'est à chacun d'intervenir. Nous, on a aussi sollicité des actionnaires et des investisseurs, donc que le gouvernement fasse pression sur Carrefour pour dire que ça ne peut pas durer, nous ça nous va très bien.

Même le Medef se réjouit ce samedi de cette décision, expliquez-nous pourquoi c'était si choquant cette clause de non concurrence ?

Tout simplement parce qu'on a un PDG qui à 69 ans part à la retraite, il était donc difficilement concevable qu'il prenne la direction d'un grand groupe de grande distribution. On voit bien qu'il y avait une façon déguisée de verser une indemnité de départ à la retraite sous forme d'une clause, c'était de l'ordre de l'habillage. Le Medef est aussi dans son rôle de rappeler les règles de déontologie.

Bruno Le Maire demande des mesures fortes au patronat pour éviter que ce cas se reproduise, qu'attendez-vous du patronat à la CFDT ?

De notre côté, on va continuer déjà au niveau de Carrefour à poser quelques questions. Parce que, même si Georges Plassat renonce à l'indemnité de départ, sur les éléments variables de rémunération - ça concerne plus de 6 millions d'euros - on n'a aucune lisibilité, aucune visibilité. Donc on écrira à Carrefour dès le début de la semaine pour continuer ce qu'on a fait à l'assemblée générale des actionnaires et leur demander de nous poser clairement les critères qui ont permis d'obtenir des primes de performance dans une période où manifestement la groupe va mal. Le patronat doit simplement veiller à ce que quand une entreprise est en difficulté, comme peut l'être par certains critères Carrefour, on ne verse pas des rémunérations qui sont complètement déconnectées de la réalité économique. Il faut vraiment que l'on arrête de faire comme si tout ça était normal. On doit vraiment adopter des codes de conduite qui correspondent à ce que vivent les salariés dans les entreprises.

Vous êtes à nouveau en ligne