Alliance Alstom-Siemens : "Il y a un sentiment d'abattement partagé par les salariés et une partie du management"

L\'usine d\'Alstom transport à Reichshoffen (Bas-Rhin), le 19 décembre 2016.
L'usine d'Alstom transport à Reichshoffen (Bas-Rhin), le 19 décembre 2016. (PATRICK HERTZOG / AFP)

Le délégué syndical CFE-CGC d'Alstom, Claude Mandart, a expliqué, mardi, que le rapprochement entre Alstom et Siemens dans le ferroviaire suscite des inquiétudes chez les salariés de l'entreprise française.

La possible alliance entre Alstom et Siemens, dans le ferroviaire, suscite des inquiétudes en France. Claude Mandart, délégué syndical central CFE-CGC d’Alstom, a expliqué, mardi 26 septembre sur franceinfo, qu'un "sentiment d'abattement" avait envahi l'entreprise. Ce sentiment est "partagé pas seulement par les salariés de base, mais par toute une partie du management", a-t-il rapporté alors que les conseils d'administration des deux sociétés se réunissent, mardi.

franceinfo : Êtes-vous inquiet par cet éventuel rapprochement entre Alstom et Siemens ?

Claude Mandart : Il faut attendre que tout le détail de cette opération soit officiellement communiqué. Aujourd'hui, on sait qu'il y a des discussions en cours, mais, c'est vrai que pour l'instant, on n'a pas trop de détails. On nous dit : "Siemens va apporter ses activités ferroviaires", mais en gros il va se faire payer en actions. Cela veut dire, concrètement, qu'il va monter au capital d'Alstom et devenir l'actionnaire de référence. Cela veut dire, qu'en gros, c'est lui qui aura les clés des cordons de la bourse. À partir de ce moment, on décide de la stratégie. Alors, on peut avoir un certain nombre de garanties sur quelques années, mais une fois que c'est fait on ne revient plus en arrière.

Est-on en train de brader un savoir-faire ?

Je suis un ancien d'Alcatel-Alstom, de la CGE même, j'ai connu la grande époque où on avait les chantiers de l'Atlantique, on voit ce que c'est devenu. On avait les Télécoms avec Alcatel, on voit ce que c'est devenu. Tout ce qui était production d'énergie, aujourd'hui, est passé chez les Américains. Aujourd'hui, quand on pose la question à nos direction au sein d'Alstom : "Les coentreprises, c'est quoi ?" On nous répond que "c'est juste un placement financier qui rémunère très bien" et puis point barre. Quand l'obligation de maintenir ces coentreprises tombera, Alstom ou ce qu'il en restera, reprendra ses billes et puis c'est tout.

Les gouvernements successifs vous ont-ils menti sur ce qu'il se passait chez Alstom ?

Je pense qu'ils n'étaient pas conscients des effets de ce qu'ils faisaient. C'est pire. Quand on discutait avec Arnaud Montebourg [ministre de l'Économie de 2012 à 2014], il nous disait : "Mais de toute façon, aujourd'hui, faire un Airbus ne serait plus possible avec la législation européenne actuelle". A priori, c'est ce que les Allemands sont en train d'essayer de faire.

Quel sentiment vous laisse la cession des activités d'Alstom à General Electric ?

En rage. Je suis au siège à Saint-Ouen, [en Seine-Saint-Denis]. Aujourd'hui, quand on croise les collègues dans les couloirs, c'est un sentiment d'abattement qui préfigure peut-être une forme de colère à venir, mais c'est une forme complétement d'abattement. Je vous rappelle que le "closing" avec General Electric s'est fait officiellement le 2 novembre 2015. Là, on est fin 2017, on termine juste la séparation effective des réseaux informatiques. On tourne à peine la page. On dit : "Bon, ben voilà, on va pouvoir repartir sur une base saine et boom on nous sort ce truc-là". Les gens ont mouillé la chemise pour que tout se passe bien et on nous dit : "Bah non ! On repart". C'est vraiment un sentiment d'abattement qui est partagé, pas seulement par les salariés de base, mais par toute une partie du management. C'est un peu ce sentiment que nous font passer des directeurs. Terminer comme ça, c'est dur.