Photowatt, entreprise choyée par l'Elysée

Une technicienne de l\'entreprise Photowatt, à Bourgoin-Jallieu (Isère), le 16 janvier 2012.
Une technicienne de l'entreprise Photowatt, à Bourgoin-Jallieu (Isère), le 16 janvier 2012. (JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP)

Nicolas Sarkozy s'est rendu mardi dans les locaux de cette société pionnière de l'énergie solaire, dont la reprise a été confirmée par EDF.

Les plus hautes sphères de l'Etat sont aux petits soins pour Photowatt, entreprise française pionnière dans l'énergie solaire. Nicolas Sarkozy s'est rendu mardi 14 février à Bourgoin-Jallieu, en Isère, pour dévoiler aux salariés de la société l'offre de reprise formulée par EDF vendredi. Il a confirmé que le gouvernement avait demandé au groupe de faire une proposition. 

"Tous les emplois de Photowatt seront conservés. Votre entreprise est sauvée", a ainsi promis le chef de l'Etat, ajoutant : "Nous ne voulons pas que la filière photovoltaïque disparaisse en France."

Quelle est la spécificité de Photowatt ?

Fondée il y a plus de trente ans, c'est l'unique fabricant français de cellules photovoltaïques à base de silicium. Sur son site internet, l'entreprise se targue "d'avoir constitué au fil du temps un réseau d'envergure fédérant 1 200 sous-traitants". Mais la société a été placée en redressement judiciaire en novembre 2011, et se voyait déjà contrainte de se séparer de ses 430 employés.

Trois offres de reprises "sérieuses"

• EDF, via sa filiale EDF Energies Nouvelles Réparties, a fait savoir, vendredi, qu'elle s'engageait à reprendre 345 salariés et à en reclasser 85 autres en interne. Nicolas Sarkozy a indiqué mardi que le tribunal doit encore accepter la proposition dont le gouvernement serait à l'origine. 

• Le fabricant grenoblois de fours industriels ECM s'est engagé à reprendre 379 salariés.

• Un consortium, composé de la société MPO International et de l'assembleur lyonnais de modules photovoltaïques Solarezo, a présenté une offre qui prévoit la reprise de 222 salariés.

Un dossier négocié par l'Elysée

C'est Nicolas Sarkozy qui a révélé lui-même, jeudi, l'offre de reprise formulée par EDF, annonçant au même moment qu'il se rendrait sur place pour présenter "aux salariés de Photowatt" la proposition "de reprise industrielle". Cette gestion directe de l'Elysée rappelle celle de Lejaby ou de SeaFrance.

La réindustrialisation de l'Hexagone et le "produire français" ont beaucoup occupé le début de la campagne présidentielle. Nicolas Sarkozy a d'ailleurs déjà plaidé pour le "made in France".

L'offre proposée par EDF est saluée par les élus locaux. "C'est une bonne nouvelle, c'est évident", s'est réjoui Alain Cottalorda, maire socialiste de Bourgoin-Jallieu. Georges Colombier, député UMP de l'Isère, a salué en EDF "un des meilleurs repreneurs possibles" car il "a les reins solides" et est un "acheteur de panneaux solaires".

L'opposition critique une manœuvre de campagne

"Ce qui est quand même extravagant, c'est le rôle de pompier-pyromane du président dans cette affaire", a déclaré François Brottes, député PS de l'Isère et spécialiste des questions énergétiques. Selon lui, Photowatt avait jusqu'à présent souffert de la politique "inconséquente" du gouvernement en matière d'énergie solaire.

La députée socialiste Geneviève Fioraso est encore plus remontée : "Le patron d'EDF, Henri Proglio, m'avait dit qu'il n'était pas là pour racheter les canards boiteux. Et maintenant, à deux mois des élections, on impose à EDF de reprendre Photowatt. (...) Je refuse de couvrir cette mascarade. La politique industrielle, ça n'est pas une série de coups."

En attendant, le tribunal de commerce de Vienne, en Isère, doit trancher le 21 février entre les différentes offres de reprise.

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