"Illettrées" de Gad : comment la formule d'Emmanuel Macron s'est transformée en polémique

Le ministre de l\'Economie Emmanuel Macron à Bercy, le 12 septembre 2014.
Le ministre de l'Economie Emmanuel Macron à Bercy, le 12 septembre 2014. (FRED DUFOUR / AFP)

Le ministre de l'Economie a présenté mercredi à l'Assemblée ses excuses après avoir affirmé le matin même sur Europe 1 que beaucoup de salariées de cet abattoir du Finistère étaient "illettrées". Retour sur une controverse dont le gouvernement se serait bien passé.

L'ancien associé de la banque Rotschild était guetté sur ses rapports avec la finance, l'ex-étudiant en philosophie a été attaqué sur un adjectif. Interpellé par la droite à l'Assemblée, le ministre de l'Economie Emmanuel Macron a dû s'excuser mercredi 17 septembre pour avoir affirmé dans la matinée, sur Europe 1, que beaucoup de salariées de l'abattoir Gad étaient "illettrées". Retour sur une journée agitée pour le ministre, et une polémique fâcheuse pour l'exécutif.

Acte 1 : la bourde du ministre

Invité mercredi matin 17 septembre sur Europe 1, le ministre se lance dans une explication sur le manque de formation des salariées du site de Josselin (Morbihan), placé en liquidation judiciaire la semaine dernière.

Il s'appuie sur le cas des abattoirs Gad pour illustrer la nécessité de mener "des réformes du quotidien", à commencer par celle du permis de conduire. "Il y a dans cette société une majorité de femmes. Il y en a qui sont, pour beaucoup, illettrées. Pour beaucoup, on leur explique : 'Vous n'avez plus d'avenir à Gad ou aux alentours. Allez travailler à 50 ou 60 km.' Ces gens-là n'ont pas le permis de conduire. On va leur dire quoi ? Il faut payer 1 500 euros et il faut attendre un an ?"


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Acte 2 : la droite et les salariés s'indignent

Du côté des anciens salariés de l'abattoir, le mot ne passe pas. "On a eu le droit à tout, tout parti politique confondu : 'france d'en-bas', 'sans-dent'. Pourquoi pas 'débile profond' ? Quand on pense que ce sont ces gens-là qui font la loi...", soupire Jean-Marc Detivelle, ancien délégué syndical FO du site de Lampaul, contacté par francetv info. Sur une page Facebook dédiée aux propos du ministre ouverte par Le Télégramme, les critiquent fusent.

Pour la droite, l'occasion est trop belle. Valérie Debord, déléguée générale adjointe de l'UMP, réagit vers midi sur Twitter :

 

Lors des questions au gouvernement, en début d'après-midi, la députée UMP Laure de la Raudière en remet une couche et interpelle le ministre à l'Assemblée : "Les salariées de Gad, comme tous les Français, méritent votre respect, méritent le respect de tous les membres du gouvernement."

Acte 3 : les excuses à l'Assemblée

Pris à parti par l'opposition, le ministre revient sur ses propos. "Mon premier regret, mes excuses les plus plates vont aux salariés que j'ai pu blesser, à travers ces propos et je ne m'en excuserai jamais assez. Mon action, elle sera pour eux, et c'est ce que je disais ce matin, déclare-t-il, très tendu. Mon deuxième regret, Madame, il est pour vous et pour votre majorité, parce que si vous aviez fait votre travail depuis les dix ans où vous étiez là [au pouvoir], nous n'aurions pas eu ces difficultés."

 "Je prenais cet exemple précisément parce qu'il est une injustice exemplaire, (...) ces salariées n'ont pas eu la formation continue qu'elles étaient en droit d'attendre", martèle Emmanuel Macron. 

Mais derrière la polémique se cache un vrai sujet, précise le site d'Europe 1, même si le ministre l'a trop globalisé. "En décembre 2013, Europe 1 précisait que le taux d’illettrisme avoisinait les 20% chez les salariés des abattoirs Gad, un chiffre confirmé à Europe 1 mercredi par des sources syndicales. Or, ce taux s’établit à 9,5% au niveau national, selon les chiffres de l’Insee datant de 2010, détaille la radio. Le taux d’illettrisme est donc deux fois supérieur chez les employés des abattoirs, et cela s’explique : toujours selon l’Insee, l’illettrisme est plus important dans les zones rurales et augmente avec l’âge."

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