Des chômeuses portent plainte pour "escroquerie" et "travail dissimulé" après un stage chez Leclerc

L\'enseigne Leclerc est soupçonnée d\'avoir utilisé des stagiaires rémunérés par Pôle emploi comme main d\'œuvre gratuite.
L'enseigne Leclerc est soupçonnée d'avoir utilisé des stagiaires rémunérés par Pôle emploi comme main d'œuvre gratuite. (REMY GABALDA / AFP)

Selon leurs avocats, le gérant d'un supermarché a profité d'une "main d'œuvre gratuite, financée par Pôle emploi".

Onze chômeuses de longue durée ont porté plainte pour "escroquerie" et "travail dissimulé" après avoir participé à une formation dans une enseigne Leclerc. L'information, révélée par Le Monde jeudi 20 novembre, a été confirmée à l'AFP par les avocats en charge de l'affaire, Maîtres Eddy Arneton et Sofiane Hakiki.

Les plaignantes, âgées de 18 à 47 ans, ont participé avec 80 autres personnes à une Préparation opérationnelle à l'embauche (POE) entre décembre 2013 et février 2014, lors de l'aménagement d'un supermarché Leclerc à Fleury-Mérogis (Essonne). Indemnisés par Pôle emploi durant cette période, les stagiaires ont été chargés du ménage et de l'installation des rayons de la future enseigne franchisée.

Une "main d'œuvre gratuite, financée par Pôle emploi"

Mais, au moment de l'inauguration du magasin en janvier, la moitié des chômeurs s'est vu refuser l'embauche promise par le dispositif. Une proportion bien inférieure aux taux d'insertion habituellement constatés après ce type de formation "préalable à l'embauche" : en 2013, 78,4% des bénéficiaires de POE financée par Pôle emploi ont décroché un travail six mois après la fin de leur formation, selon une enquête de l'opérateur publiée à la fin août.

Selon les avocats en charge du dossier, le franchisé n'avait aucune intention d'embaucher et souhaitait profiter d'une "main d'œuvre gratuite, financée par Pôle emploi". "L'employeur a clairement laissé penser que l'offre de formation pouvait déboucher sur un CDI", affirme Maître Arneton. Une promesse qui relève de "l'escroquerie" selon lui, "sachant que l'établissement était loin de pouvoir garantir un poste aux 91 personnes engagées dans cette prétendue formation".

D'autres cas similaires en France

Les avocats dénoncent, en outre, des conditions de travail "dégradantes" et des violences psychologiques - insultes, commentaires sur le physique des personnes - survenus durant la formation. Quand les demandeuses d'emploi, "qui ont travaillé constamment dans la poussière", contestaient leurs "conditions déplorables" de travail, une formatrice leur aurait dit n'"avoir rien à branler" des stagiaires, leur indiquant qu'elles pouvaient "prendre le bus et retourner directement à Pôle emploi" si leur situation ne leur convenait pas.

Dans son enquête intitulée "Comment Leclerc abuse des aides de Pôle emploi", Le Monde pointe une systématisation du procédé, citant des cas similaires dans plusieurs départements. Sur son blog, Michel-Edouard Leclerc, PDG de l'enseigne éponyme, a accusé Le Monde de "dénigrement". Selon lui, les POE sont utilisées dans "des dizaines d'enseignes en France" et dans "tous les secteurs". "S'il y a eu des abus, personne ne cautionnera et la justice sanctionnera", a-t-il ajouté. Il précise que "les entreprises sous enseigne E.Leclerc sont gérées par des patrons indépendants, responsables notamment de leur politique sociale".

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