Danone, trop cher ? Le groupe visé par un boycott inédit au Maroc

Des salariés de Centrale Danone manifestent contre le boycott de leur entreprise, devant le Parlement à Rabat (Maroc), le 5 juin 2018.
Des salariés de Centrale Danone manifestent contre le boycott de leur entreprise, devant le Parlement à Rabat (Maroc), le 5 juin 2018. (FADEL SENNA / AFP)

Depuis six semaines, une campagne de boycott sans précédent frappe Centrale Danone, la filiale locale du même nom, ainsi que d'autres marques phares au Maroc. Objectif de ce mouvement lancé par des anonymes : dénoncer la vie chère.

Tout commence le 20 avril avec une première publication anonyme sur Facebook. Le coup d'envoi d'une campagne de boycott inédite est donné : les Marocains sont invités à ne plus consommer trois marques très populaires, dont le lait de Centrale Danone, la filiale locale de l'entreprise française. Le mouvement de boycott vise également les stations-service Afriquia et la marque d'eau minérale Sidi Ali. C'est le premier du genre au Maroc, où de nombreuses manifestations contre la pauvreté, le chômage et la corruption ont eu lieu depuis l'an dernier.

Les organisateurs du boycott dénoncent les prix trop élevés fixés par ces entreprises liés aux élites politiques et économiques du pays ou à des groupes étrangers. "On connaît [les] deux principales cibles [du mouvement] : des personnalités de l'establishment, très proches du palais royal", explique Abderrahmane Rachik, sociologue des mouvements de protestation au Maroc, à Libération. Aziz Akhannouch, actionnaire majoritaire du groupe Akwa, dont Afriquia est une filiale, est aussi ministre de l'Agriculture, précise le journal. Et Miriem Bensalah-Chaqroun, PDG des Eaux minérales d'Oulmès, qui distribuent Sidi Ali, est l'ancienne présidente de la CGEM, l'équivalent du Medef.

Chute des ventes et démission

Le mouvement a été largement suivi. Selon une enquête publiée le 22 mai dans le quotidien marocain L'Economiste, 42% de la population, notamment les jeunes, les femmes et la classe moyenne, appliquent ce boycott. A tel point que les salariés de Centrale Danone se sont réunis, dans la nuit du mardi 5 au mercredi 6 juin, devant le Parlement à Rabat, pour appeler à la fin de cette mobilisation. "Des milliers d'emplois sont en danger chez Centrale Danone", a déploré El Mehdi Hbich, un travailleur interrogé par l'AFP. Les manifestants s'en sont aussi pris au gouvernement, lui reprochant une baisse du pouvoir d'achat des consommateurs marocains. 

Les usines de Centrale Danone tournent aujourd'hui à la moitié de leurs capacités de production en raison de ce boycott. Cela augure mal pour l'entreprise, ses salariés et les éleveurs qui la fournissent.Hassan Rouicheq, de la Confédération démocratique du travailà l'AFP

Depuis le début du boycott, l'entreprise, qui emploie 6 000 personnes, a vu ses ventes plonger. Elle prévenait, lundi 4 juin, qu'elle s'attendait à boucler le premier semestre sur une perte de 150 millions de dirhams (13,5 millions d'euros). Centrale Danone avait déjà annoncé une réduction de 30% des collectes de lait auprès de 120 000 éleveurs ainsi que le licenciement des employés en contrats courts, soit environ 1 000 personnes, d'après un ministre. 

Le boycott a déjà coûté sa place à un membre du gouvernement. Lahcen Daoudi, ministre délégué chargé des Affaires générales et de la Gouvernance, a présenté sa démission, mercredi 6 juin au soir. Présent au sit-in des salariés de Centrale Danone, il avait ostensiblement pris parti contre la campagne de boycott et été vivement critiqué.