#LesMalChauffés : des victimes de précarité énergétique racontent leur quotidien

Franceinfo lance une opération de plusieurs jours consacrée à la problématique de la précarité énergétique.
Franceinfo lance une opération de plusieurs jours consacrée à la problématique de la précarité énergétique. (PIERRE MOREL / PIERRE-ALBERT JOSSERAND / FRANCEINFO)

A quoi ressemble la vie quand on souffre du froid chez soi ? Cette semaine, franceinfo donne la parole à des Français modestes qui peinent à se chauffer.

Quelle était la température dans votre logement, ce matin, au réveil ? Chez Isabelle Martin, on oscillait entre 10 et 15 °C, selon les pièces. Chaque hiver, cette habitante de Saint-Caradec (Côtes-d'Armor) souffre du froid dans sa maison, en mauvais état, qu'elle occupe depuis plus de 20 ans. Elle est loin d'être la seule dans cette situation. Pour mettre en lumière les difficultés des 12 millions de Français victimes de précarité énergétique, franceinfo a lancé l'opération #LesMalChauffés. On vous explique tout.

C'est quoi, au juste, la précarité énergétique ?

Chaque hiver, la précarité énergétique touche les personnes qui peinent à chauffer leur logement, du fait de faibles revenus ou d'une habitation en mauvais état. Ce concept n'a d'existence officielle que depuis son inscription dans la loi en 2010, avec la définition suivante :

Est en situation de précarité énergétique (...) une personne qui éprouve, dans son logement, des difficultés particulières à disposer de la fourniture d'énergie nécessaire à la satisfaction de ses besoins élémentaires, en raison de l'inadaptation de ses ressources ou de ses conditions d'habitat.Article 11 de la loi Grenelle 2

Divers critères peuvent être pris en compte pour estimer le nombre de personnes concernées en France. Cela va de données purement économiques (quelle part du budget du ménage est consacrée aux dépenses énergétiques ?) à des déclarations plus subjectives (avez-vous eu froid chez vous cet hiver ?).

Dans son dernier rapport sur le mal-logement, la Fondation Abbé-Pierre estime que la précarité énergétique, au sens large, touche 12 millions d'individus. Mais, selon l'association, "le noyau dur de la précarité énergétique, composé des ménages modestes ayant eu froid pour des raisons liées à la précarité, s'élève à 3 558 000 personnes".

Pourquoi y consacrer une opération spéciale ?

La précarité énergétique, subie par des millions de personnes en France, est une problématique méconnue et invisible. Les mal-chauffés souffrent souvent de leur situation en silence, derrière les murs de leur logement, loin des regards  et loin des dispositifs d'aide. Nombre d'entre eux cachent leurs difficultés à leur entourage.

Le problème est bien plus large que la simple sensation de froid. Il peut avoir des conséquences lourdes sur la vie sociale, professionnelle et scolaire des personnes concernées. Leur santé est également menacée, comme l'explicite cette infographie du service des études médicales d'EDF.

Les effets sur la santé de l\'exposition à des températures intérieures basses. Source : Dr Véronique Ezratty – ONPE 2018 
Les effets sur la santé de l'exposition à des températures intérieures basses. Source : Dr Véronique Ezratty – ONPE 2018  (JESSICA KOMGUEN ET PIERRE-ALBERT JOSSERAND / FRANCEINFO)
Franceinfo tend donc le micro aux victimes de la précarité énergétique, dont certaines ont eu le courage de témoigner et de nous ouvrir leurs portes. Ces portraits, accompagnés d'analyses de spécialistes et d'acteurs publics, doivent interpeller sur les enjeux de la rénovation énergétique – avec une résonance particulière au regard du contexte actuel d'urgence climatique.

En quoi consiste cette opération ?

Nous publions cette semaine trois témoignages de personnes victimes de précarité énergétique. Leur parole, recueillie par notre journaliste Yann Thompson, est accompagnée de photographies réalisées par le photojournaliste Pierre Morel, en immersion chez des personnes concernées.

>> TEMOIGNAGE. "Je n'ose pas inviter de gens chez moi" : Fabienne raconte comment le froid a fragilisé sa santé et sa vie sociale

Fabienne Delquignie boit une décoction d\'orties dans son appartement d\'Uzerche (Corrèze), le 14 janvier 2020.
Fabienne Delquignie boit une décoction d'orties dans son appartement d'Uzerche (Corrèze), le 14 janvier 2020. (PIERRE MOREL / FRANCEINFO)

>> TEMOIGNAGE. "Il fait 6 °C dans ma douche" : Isabelle raconte sa vie "à l’ancienne" dans sa maison mal isolée

Isabelle et sa fille Maïwenn, le 9 janvier 2020, dans leur maison de Saint-Caradec (Côtes-d\'Armor).
Isabelle et sa fille Maïwenn, le 9 janvier 2020, dans leur maison de Saint-Caradec (Côtes-d'Armor). (PIERRE MOREL / FRANCEINFO)

>> TEMOIGNAGE. "On dort à quatre dans une chambre" : Aurélie raconte les hivers "invivables" de sa famille

Loïc et Aurélie Duval dans leur maison de Berneuil-sur-Aisne (Oise), le 16 janvier 2020.
Loïc et Aurélie Duval dans leur maison de Berneuil-sur-Aisne (Oise), le 16 janvier 2020. (PIERRE MOREL / FRANCEINFO)

En complément, Isolde Devalière, sociologue à l'Ademe, apporte son regard d'experte sur les questions de précarité énergétique. Elle dresse une typologie des ménages touchés et tire un bilan contrasté des politiques publiques engagées depuis une dizaine d'années.

>> GRAND ENTRETIEN "Il faut contraindre les propriétaires" : pourquoi la lutte contre la précarité énergétique reste un vaste chantier


Isabelle Martin, dont le témoignage figure ci-dessus, a également accepté de nous raconter dans une vidéo comment le fait d'avoir froid chez elle affecte sa santé. 

>> VIDEO. En Bretagne, Isabelle a renoncé à des soins médicaux à cause du froid qui règne chez elle

Enfin, l'opération #LesMalChauffés s'étend aussi aux antennes radio et TV de franceinfo. Notre journaliste Yann Thompson a notamment été interrogé sur le plateau de franceinfo (canal 27).

>> VIDEO. "Il fait trop froid pour prendre sa douche" : quand la précarité énergétique menace la santé

Puis-je y participer ?

Cette opération est née d'un appel à témoignages publié sur franceinfo au mois d'octobre. Une cinquantaine de contributions ont été reçues en moins de 24 heures, puis étudiées par notre journaliste. Une douzaine de personnes ont été recontactées pour des échanges approfondis. Deux d'entre elles, Isabelle et Fabienne, ont finalement été retenues pour les témoignages présentés ci-dessus. Le témoignage d'Aurélie a, quant a lui, été obtenu par l'intermédiaire d'une association, après que nous avons sollicité diverses structures et institutions.

Notre appel à témoignages est désormais terminé, mais vous avez toujours la possibilité de vous exprimer. Vous pouvez nous raconter votre situation dans le live de franceinfo, avec le mot-clé #LesMalChauffés. Une zone de commentaires vous est réservée, alors n'hésitez pas : certains de vos messages seront publiés dans notre direct.

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