"Je vis au ralenti en attendant les jours meilleurs" : vous nous avez raconté vos difficultés à chauffer votre logement

Une serviette à capuche sèche sur le radiateur d\'une famille en situation de précarité énergétique, en janvier 2020, à Berneuil-sur-Aisne (Oise).
Une serviette à capuche sèche sur le radiateur d'une famille en situation de précarité énergétique, en janvier 2020, à Berneuil-sur-Aisne (Oise). (PIERRE MOREL / PIERRE-ALBERT JOSSERAND / FRANCEINFO)

Franceinfo publie une sélection des réactions reçues à la suite de son opération spéciale sur la précarité énergétique des 25 et 26 février.

"Bonjour, je suis également dans la même situation." A l'occasion de notre opération #LesMalChauffés consacrée à la précarité énergétique, mardi 25 et mercredi 26 février, vous avez été nombreux à nous écrire pour nous raconter vos difficultés à chauffer votre logement. En quelques lignes, dans notre direct, vous avez mis des mots sur cette galère vécue par des millions de Français. Des témoignages qui viennent compléter ceux d'Isabelle, Aurélie et Fabienne, à qui nous avons consacré des articles "grand format".

A cause d'une "petite retraite""je ne m'autorise le chauffage que s'il fait très très froid, juste quelques heures, avec des radiateurs électriques vieille génération", nous confie @Vivi, 64 ans. "Sinon, gros pull, chaussettes et au lit tôt le soir sous la couette." Pour @Fred aussi, "en invalidité" dans un logement mal isolé, la survie passe par l'empilement des couches de vêtements. "Je vis seul avec mon blouson sur le dos dans mon logement, la nuit avec de grosses chaussettes, décrit notre internaute. Je vis au ralenti en attendant les jours meilleurs."

La fin de l'hiver est attendue avec impatience par @Al. Son message nous est parvenu, mercredi, à 7h18, au terme, peut-être, de sa dernière nuit de répit de la saison : "Cette nuit, la chaudière des années 60 a consommé les derniers litres de fioul. Pour le moment, on est sur 17 °C dans la maison, mais cela ne va faire que baisser. Après avoir dépensé 2 000 euros pour la remplir, je n'en ai plus les moyens. Il reste donc à espérer que les températures ne descendent pas trop à l'extérieur..."

"Comment imaginer de telles situations en 2020 ?"

Nos articles ont rappelé à certains lecteurs leur passé de "précaires énergétiques". "Juste une petite chose que les bien chauffés ignorent : quand il fait 7 °C dans un appartement (je l'ai vécu), TOUT ce qui est dans l'appartement fait 7 °C, surtout les vêtements, raconte @Régis MaloOn invente des trucs quand on doit s'habiller : s'asseoir sur les vêtements que l'on doit porter, se vêtir très très vite."

J'ouvrais même une fenêtre (3 ou 4 °C dehors) pour avoir une sensation de chaleur en la refermant. Dur. Très dur. Courage aux mal-chauffés.Régis Maloà franceinfo

@Bretzelle se souvient de son enfance dans un appartement alsacien, où "on restait au lit le plus longtemps possible et on contemplait les fleurs de givre sur les fenêtres". A quelques dizaines de kilomètres de là, @Français moyen frileux"enfant de pauvre""voyait des glaçons pendre aux tuyaux apparents de sa chambre en Lorraine". "Je reste sensible à la douleur engendrée par la précarité", écrit-il.

Découvrir des témoignages analogues de nos jours a scandalisé @Chris. "Quand j'étais petite, une brique chaude au fond de mon lit me réchauffait un peu le temps que je m'endorme. Mais c'était dans les années 60 ! Comment imaginer qu'en 2020 des situations telles que j'ai pu lire puissent encore exister ?"

"Je suis restée tout l'hiver avec entre 7 et 10 °C"

En France, la précarité énergétique n'est reconnue dans la loi que depuis 2010. Des aides ont été mises en place ces dernières années. Mais le chemin est encore long, comme en témoigne le récit de @Mimi, âgée de 71 ans. Son mari est mort au printemps dernier, peu après l'achat de leur maison. "Dès le mois d'août, inquiète par l'hiver à venir car il n'y avait aucune isolation ni chauffage dans cette maison, j'ai contacté une assistante sociale, qui m'a mise en relation avec divers organismes d'Etat, raconte notre lectrice. Je suis restée tout l'hiver sans réponse, dans le dénuement le plus complet, avec une température entre 7 et 10 °C."

Je veux juste témoigner qu'on peut, après avoir travaillé dur toute sa vie, mourir de froid dans sa maison sans que personne ne s'en préoccupe !Mimià franceinfo

Dans son message, Mimi dit avoir reçu, "il y a quelques jours", une "lettre impersonnelle" lui expliquant qu'on "ne pouvait rien faire" pour elle. @Babette déplore également la lenteur de certaines procédures : elle affirme être toujours dans l'attente d'une réponse pour des "aides à l'installation d'un chauffage et à l'isolation" de la maison de son fils, après une sollicitation des services de l'Etat en juin 2019.

Dans un autre message, @PolarBearFD s'en prend aux "fournisseurs d'énergie qui vous coupent votre compteur à la suite d'un incident de paiement". Sur Twitter, @BestFabrice se désole de l'attitude de sa propriétaire. "Elle me dit que c'est normal que j'ai entre 12 et 14 °C quand je me réveilleElle me dit que si l'appartement ne me convient pas, je n'ai qu'à déménager, mais je n'en ai pas les moyens."

"Il est temps que l'Etat contraigne les bailleurs"

Au bout du rouleau, des internautes ont décidé de saisir les tribunaux. Depuis Bordeaux, @LogéParLesVauriensdeLImmobilier nous décrit son logement social froid et humide, au point que "télé, ordinateur et micro-ondes ont cramé". Il décrit ses soirs d'hiver à "partir marcher plusieurs heures pour supporter les 8 °C dans l'appartement la nuit"

Le bailleur social de la honte a reçu une assignation en justice en début de mois. En effet, j'ai développé une pathologie grave, en douze années de location.LogéParLesVauriensdeLImmobilierà franceinfo

Face au "déni" de sa propriétaire, à qui il verse un loyer de 1 500 euros par mois, @Locataire indigné affirme, lui aussi, "n'avoir d'autre solution que de l'attaquer en justice". La maison qu'il occupe dans les Hauts-de-Seine date de 1929, avec des huisseries d'origine et une isolation des toits et sous-sols "totalement défaillante""Il est grand temps que l'Etat légifère et contraigne les propriétaires et bailleurs à rénover leurs biens", conclut-il.

Vous êtes à nouveau en ligne