Primaire de la droite : supprimer 500 000 fonctionnaires en 5 ans est "très difficilement" réalisable

Alain Juppé le 19 octobre à Rennes et François Fillon le 15 septembre à Pacé
Alain Juppé le 19 octobre à Rennes et François Fillon le 15 septembre à Pacé (LOIC VENANCE ET JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP)

La fonction publique est l'un des sujets d'opposition entre Alain Juppé et François Fillon, les deux finaliste de la primaire de la droite. Luc Rouban, directeur de recherche au CNRS, estime que la proposition de François Fillon de supprimer 500000 postes de fonctionnaire est difficilement réalisable.

La place de la fonction publique sera l'un des grands thèmes du débat de l’entre-deux-tours de la primaire de la droite, jeudi 24 novembre. François Fillon souhaite supprimer 500 000 postes de fonctionnaires et propose que ces derniers passent aux 39 heures. Alain Juppé, lui, a évoqué entre 200 000 à 300 000 suppressions de postes.

Luc Rouban, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et auteur de plusieurs ouvrages sur la fonction publique, invité de franceinfo jeudi, s'est montré perplexe sur la suppression de 500 000 postes.

franceinfo : 500 000 fonctionnaires en moins sur un quinquennat, est-ce réalisable ?

Luc Rouban : Très difficilement. L’objectif paraît raisonnable car la France compte 5,6 millions de fonctionnaires, mais la fonction publique de l’Etat ne comporte que 2,2 millions agents du service public. Or, l’Etat ne peut agir que sur les effectifs de son propre personnel. Si l’on écarte les 310 000 militaires, les 110 000 policiers et si on ne touche pas à l’Education nationale, cela veut dire que l’on supprime tous ceux qui restent.

L’Etat ne peut pas avoir la main sur les fonctionnaires des collectivités territoriales ?

Au titre de l’article 12 de la Constitution, les collectivités locales ont un droit de libre administration, de leur personnel, de leur gestion, de leur recrutement. L’Etat peut avoir de l’influence sur les collectivités territoriales mais ne peut pas dicter leur politique de recrutement ou de gestion. Par conséquent, cette mesure sera très certainement très difficilement négociée avec les élus locaux.

Est-ce que la proposition de François Fillon peut faire peser un risque sur la qualité des soins à l’hôpital ou la qualité de l’enseignement ?

Tout dépend du vieillissement particulier de certains secteurs et des besoins particuliers de recrutement. Vous pourrez avoir en moyenne un non-remplacement sur deux, mais en fait, sur certains secteurs, ce sera deux sur trois, ou trois sur quatre, donc vous pouvez avoir de véritables déficits de personnel dans certains secteurs particuliers et peut-être justement malheureusement au moment où nous en aurons le plus besoin, notamment à l’hôpital.

L’argument de François Fillon est que le passage aux 39 heures permettra de mieux payer les fonctionnaires, est-ce un argument recevable ?

Il faudrait le chiffrer. Le problème, c’est que François Fillon est un petit peu flou dans ses propositions. Pour l’instant, il a déclaré qu’il faudrait négocier l’augmentation de salaires, cela étant on ne peut pas vraiment la chiffrer, donc on peut se poser la question si au bout du compte, on ne va pas dépenser autant qu’aujourd’hui.

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