Haute fonction publique : le rapport Thiriez propose la création d'un concours spécial pour les élèves d'origine modeste

Frédéric Thiriez, chargé de la mission sur la réforme de l\'ENA et de la haute fonction publique sur franceinfo lundi 3 juin.
Frédéric Thiriez, chargé de la mission sur la réforme de l'ENA et de la haute fonction publique sur franceinfo lundi 3 juin. (FRANCEINFO)

L'objectif est d'accéder à plus d'équité sociologique et géographique dans la haute représentation de l'État.

Le rapport de Frédéric Thiriez sur la réforme de l'Ena et d'autres écoles de la haute fonction publique, remis officiellement mardi 18 février au Premier ministre, propose la création de 20 classes préparatoires à ces écoles, selon les informations de franceinfo. Parmi les écoles concernées, l'Ena, l'école polytechnique et les formations des administrateurs territoriaux, des magistrats et des commissaires.

Les élèves sélectionnés sur critères sociaux

Le texte prévoit que 20 classes préparatoires seront créées en France métropolitaine (une par région) et dans les Outre-mer et que les élèves seront à l'avenir sélectionnés notamment en fonction de critères sociaux. Selon le rapport, une fois sortis de ces classes préparatoires, des élèves d'origine modeste pourraient ensuite passer un concours spécial pour accéder aux différentes écoles du service public. Un nombre de places leur sera réservé, autour de 10% par promotion, selon les informations de franceinfo.

Une réforme des concours

"J'ai retenu trois pistes qui ont été acceptées par le Premier ministre", a expliqué mardi sur franceinfo Frédéric Thiriez. D'abord ouvrir à la haute fonction publique : il faut qu'on ait une fonction publique plus diverse. Et par diversité, j'entends diversité sociale bien sûr, mais aussi diversité géographique, on ne doit pas être obligé de monter à Paris pour préparer les concours, et diversité par sexe évidemment".

Il n'est pas normal qu'il y ait 20% seulement de filles par exemple à Polytechnique ou 30% seulement de filles au concours externe de l'ENA.Frédéric Thiriez, chargé de repenser le fonctionnement de la haute fonction publiqueà franceinfo

"Ça passe d'abord par une réforme des concours, c'est certain, affirme Frédéric Thiriez, pour éliminer les épreuves trop académiques et trop discriminantes socialement. Et ça passe par la création de 20 nouvelles classes préparatoires intégrées dans l'ensemble du territoire pour préparer les élèves garçons ou filles les plus brillants mais aussi les plus méritants aux concours et de milieu modeste, c'est-à-dire des boursiers au taux maximum. Et après se pose effectivement la question d'un concours spécial pour ces élèves. Je le propose dans mon rapport à titre expérimental."

Réunir tous les corps en une école

Par ailleurs, les concours classiques d'accès à ces différentes écoles de la haute fonction publique seront totalement refondés pour sélectionner des fonctionnaires plus en phase avec la réalité du terrain. Le rapport préconise aussi que l'Ena, l'École nationale d'administration, change de nom. "L'Ena en tant que telle va disparaître et sera remplacée par une nouvelle grande école que je propose d'appeler l'École d'administration publique [EAP], annonce l'auteur du rapport. Elle serait nouvelle en ce sens qu'elle réunirait pendant un an non seulement les administrateurs de l'État, les ex-énarques, mais aussi, c'est ça la grosse nouveauté, tous les ingénieurs des corps civils, c'est-à-dire ingénieurs des mines, des ponts, de l'armement, de l'Insee. Là c'est un élément très nouveau, très important pour moi, parce que ça permet de décloisonner les corps de la fonction publique."

Un "tronc commun" et 4 mois sur le terrain ensemble

Et pour "combattre le corporatisme", Frédéric Thiriez propose "un tronc commun" : "ce serait une période de 6 mois au cours de laquelle tous les futurs hauts fonctionnaires, mais pas seulement les énarques, les directeurs d'hôpitaux, les administrateurs territoriaux, les commissaires de police et les magistrats judiciaires, travailleraient ensemble pour apprendre les valeurs de base du service public, de la déontologie, et partiraient sur le terrain pendant quatre mois, soit dans une administration, dans un tribunal, un hôpital, un commissariat de police... pour régler ensemble un problème précis, signalé par le responsable de cet établissement.

Objectif : avoir de hauts fonctionnaires plus représentatifs de la société

Frédéric Thiriez, ancien président de la Ligue de football professionnel, a été chargé de cette mission de réforme de la formation à la haute fonction publique par le chef de l'État en avril 2019, à l'issue du Grand débat. L'objectif du texte est de faire des propositions pour que les plus hauts serviteurs de l'État soient plus représentatifs de la société. Le rapport Thiriez est parti d'un constat de manque d'équité sociologique et géographique de la haute fonction publique. Les classes supérieures sont surreprésentées et la plupart de ceux qui préparent les concours le font à Paris.

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