Créations d’emplois de fonctionnaires affectées dans les départements : "Pas une révolution" pour le politologue Romain Pasquier

Selon le titulaire de la chaire \"Territoires et mutations de l\'action publique\" à Sciences-Po Rennes, il ne s’agit pas de \"décentralisation\" mais plutôt de \"déconcentration\".
Selon le titulaire de la chaire "Territoires et mutations de l'action publique" à Sciences-Po Rennes, il ne s’agit pas de "décentralisation" mais plutôt de "déconcentration". (avec l'aimable autorisation de Romain Pasquier)

Le Premier ministre Jean Castex a annoncé ce mercredi que les créations de postes de fonctionnaires dans le projet de budget de 2021 seront réservées aux départements. Mais la mesure ne constitue pas un acte de décentralisation pour le politologue Romain Pasquier. 

"Ce n'est pas une révolution", a estimé mercredi 15 juillet sur franceinfo Romain Pasquier politologue et directeur de recherche au CNRS à Rennes, après l’annonce par le Premier ministre Jean Castex de l’affectation des créations d’emplois de fonctionnaires dans les services départementaux de l’Etat plutôt que dans les administrations centrales. Selon le titulaire de la chaire "Territoires et mutations de l'action publique" à Sciences-Po Rennes, il ne s’agit pas de "décentralisation" mais plutôt de "déconcentration".

France Info : Le Premier ministre parle de "révolution". Est-ce vraiment le cas ?

Romain Pasquier : Non, ce n'est pas une révolution. Et surtout, on ne se situe pas dans la décentralisation, mais on se situe dans la déconcentration. C'est-à-dire que ça concerne exclusivement l'administration d'Etat. Déjà, à la fin du quinquennat Hollande, on s'était dit effectivement qu'il y a un désarmement, qu'il n'y a plus assez de fonctionnaires à l'échelle départementale. C'est un processus qui a plus de dix ans. L'Etat est désarmé dans les territoires et veut se remuscler à l'échelle départementale mais veut en même temps renforcer la décentralisation. A mon avis, il y a plutôt un choix à faire et je n'ai pas l'impression que le gouvernement Castex ait décidé de faire ce choix. 

Vous n'y voyez pas une nouvelle étape de la décentralisation ?

Faire une vraie étape de la décentralisation, à mon avis, ce serait de dire 'écoutez ce qui est du non régalien aujourd'hui passe aux compétences des collectivités territoriales'. Or, là, Jean Castex, nous dit-il, va faire les deux. On va avoir une nouvelle étape de décentralisation et en même temps plus de fonctionnaires à l'échelle départementale dans l'administration d'Etat. J'ai l'impression qu'on n'a pas forcément les moyens en France de faire les deux en même temps. 

Est-ce que cette annonce est  une réponse à une demande qui a émergé notamment dans les manifestations des "gilets jaunes" de plus de service public? 

Oui, clairement. Il y avait une velléité, une volonté de justice sociale, de justice territoriale dans le mouvement des "gilets jaunes". À côté de ça, pendant la crise du Covid-19, on a bien vu les difficultés d'articulation entre l'Etat et les collectivités territoriales, avec des collectivités territoriales bien souvent plus réactives que l'Etat. Je crois donc qu’il y a un bon diagnostic. Il faut changer de logiciel mais je ne sais pas s'il faut changer de logiciel en faisant en même temps la déconcentration et en même temps la décentralisation. Je crois qu'on a aujourd'hui beaucoup plus besoin de décentralisation que de déconcentration. 

Vous êtes à nouveau en ligne