Convergence des luttes : "Un lien existe" mais "il n'y a pas l'unité syndicale propice"

Manifestation des étudiants, des cheminots et des agents de santé contre les réformes du gouvernement, à Paris, le 13 avril 2018.
Manifestation des étudiants, des cheminots et des agents de santé contre les réformes du gouvernement, à Paris, le 13 avril 2018. (MAXPPP)

Stéphane Sirot, spécialiste des conflits sociaux et du syndicalisme, analyse la relation entre les différents mouvements sociaux en cours.

SNCF, Air France, fonctionnaires, Ehpad, universités... Alors que les journées d'action se multiplient, la CGT et Solidaires organisent jeudi une mobilisation nationale et interprofessionnelle avec pour mot d'ordre la convergence des luttes. En parallèle de la SNCF, la CGT appelle aussi les électriciens et les gaziers à rejoindre le mouvement de grève jusqu’à la fin juin.

"Un lien existe" entre toutes ces mobilisations, a estimé mercredi 18 avril, sur franceinfo, Stéphane Sirot, spécialiste des conflits sociaux et du syndicalisme. Pour lui, "ce sont les questions de pouvoir d’achat, les questions de modèle de société, quelle place donner au service public". Mais Stéphane Sirot a estimé qu'"il n’y a pas l’unité syndicale propice à la construction de la convergence et au développement des mouvements sociaux. Et il n’y a pas non plus de prolongement politique".

franceinfo : Une convergence des luttes est-elle possible ?

Stéphane Sirot : La convergence des luttes n’est pas quelque chose qui se décrète. C’est avant tout la capacité à créer une dynamique. Après le démarrage d’un certain nombre de conflits et de mouvements, d’autres parviennent à s’agréger à ces mouvements-là et à créer un effet masse. Effet qui peut aller jusqu’à l’éventualité d’un grand mouvement social. Mais cela implique de trouver un lien entre les mouvements. Ce lien il existe aujourd’hui, ce sont les questions de pouvoir d’achat, les questions de modèle de société... Quelle place donner au service public.

Mais les mouvements des étudiants, des cheminots, des Ehpad, des gaziers et électriciens n’ont pas grand-chose à voir entre eux ?

Ils ont beaucoup de choses à voir. En ce qui concerne les universités, il y a des revendications concernant l’admission post-bac, la sélection. Mais il y a aussi une problématique du délabrement de l’université publique. C’est le problème de l’impossibilité pour les étudiants d’étudier correctement, qui se lie à l’impossibilité pour les salariés de travailler correctement.

Est-ce qu’il n’y a pas une forme d’opportunisme de la part des syndicats à réunir des mouvements sur des revendications qui ne sont pas précises ?

Et il y a un grand point transversal que les organisations syndicales n’ont pas suffisamment développé. C’est le grand écart entre les politiques d’austérité et les besoins des pratiques professionnelles. Aujourd’hui, dans différentes professions, Ehpad, gardiens de prison, services hospitaliers, cheminots, il y a une incapacité à exercer sereinement son métier. Mais, il n’y a pas l’unité syndicale propice à la construction de la convergence et au développement des mouvements sociaux. Et il n’y a pas non plus de prolongement politique. Le monde du travail est tellement fragmenté que tout le monde pense que ses revendications sont particulières et quelles ne s’inscrivent pas dans un panorama global.