Trois questions sur la liquidation judiciaire de la Scop SeaFrance

Le navire \"Berlioz\" de la société MyFerryLink, gérée par des ex-salariés de SeaFrance, quitte le port de Calais (Pas-de-Calais), le 20 août 2013.
Le navire "Berlioz" de la société MyFerryLink, gérée par des ex-salariés de SeaFrance, quitte le port de Calais (Pas-de-Calais), le 20 août 2013. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

Vendredi matin, plusieurs centaines de marins ont bloqué le port de Calais.

La Société coopérative ouvrière de production (Scop) SeaFrance, qui exploite la compagnie maritime MyFerryLink, a été placée en liquidation judiciaire, vendredi 31 juillet, par le tribunal de commerce de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais). Cette procédure doit permettre le paiement des 487 salariés, la Scop n'ayant pas la trésorerie suffisante pour le faire.

Pour comprendre comment la société en est arrivée là, francetv info revient en trois questions sur la situation de la Scop SeaFrance.

La Scop SeaFrance, c'est quoi ?

Une société qui assure les traversées de la Manche par ferries, en opérant les navires de la compagnie MyFerryLink. La coopérative ouvrière a été créée par la salariés de la défunte SeaFrance, placée en liquidation judiciaire fin 2011 après plusieurs années de difficultés. Quand cette filiale de la SNCF a été liquidée, 1 500 Calaisiens ont perdu leur emploi. 

Lors de sa création en 2012, la Scop n'avait pas les moyens de racheter les bateaux de SeaFrance. Un montage a donc été trouvé : Eurotunnel a acquis trois bateaux de SeaFrance et les a loués, via la compagnie MyFerryLink qui lui appartient, à la nouvelle Scop SeaFrance.

Pourquoi se retrouve-t-elle en liquidation judiciaire ?

Tout part d'une situation jugée abusive par la CMA, l'Autorité de la concurrence britannique. Le seul client de la Scop SeaFrance est en effet Eurotunnel, via la société de commercialisation MyFerryLink. La compagnie achète l'ensemble des traversées des navires, et les revend à des particuliers ou des transporteurs.

Inacceptable pour la CMA, qui décide de poursuivre Eurotunnel devant les autorités européennes car elle estime que l'entreprise "qui règne déjà sur la liaison ferroviaire du tunnel sous la Manche, est en position dominante sur le détroit maritime", explique L'Express. Fin mai, Eurotunnel décide de ne pas renouveller son contrat avec la Scop, qui court jusqu'au 2 juillet. Le seul client de la coopérative ouvrière disparaît donc, et depuis le début du mois de juillet, le site internet de MyFerryLink indique que la compagnie maritime a cessé ses activités.

Le 11 juin, Eurotunnel annonce par communiqué la mise en redressement judiciaire de la Scop SeaFrance, et la vente de deux des trois bateaux exploités par MyFerryLink à un concurrent danois, DFDS.

 Que vont devenir les salariés ?

C'est la grande inconnue. Le PDG d'Eurotunnel, Jacques Gounon, a prévenu début juin que l'ensemble du personnel ne serait pas repris par la société danoise qui a racheté deux des trois navires de MyFerryLink. Il a indiqué qu'il appartenait à la Scop "de définir avec DFDS les conditions de reprise" des employés. 

De son côté, le gouvernement a soumis la semaine dernière un texte prévoyant notamment la liquidation de la Scop SeaFrance, la création d'une nouvelle Scop exploitant le navire non vendu, et la reprise au total de 380 salariés sur 487. Il a fixé pour objectif "d'obtenir dans un délai de 3 mois une solution pour chaque salarié".

Les dirigeants d'Eurotunnel, du groupe danois DFDS et du Syndicat maritime Nord se sont réunis lundi et ont émis des contre-propositions au "protocole de sortie de crise" soumis par le gouvernement. Mais mécontents de l'avancée des discussions, des centaines de marins de la Scop SeaFrance ont bloqué, vendredi, les bretelles d'accès au port de Calais avec des tas de pneus en feu, entamant une nouvelle épreuve de force pour défendre leur compagnie.

Vous êtes à nouveau en ligne