Pourquoi les marins de la Scop SeaFrance, qui exploite MyFerryLink, sont inquiets

Une photo d\'un ferry de la compagnie MyFerryLink prise le 13 avril 2015 à Calais.
Une photo d'un ferry de la compagnie MyFerryLink prise le 13 avril 2015 à Calais. (CITIZENSIDE / THIERRY THOREL / AFP)

Eurotunnel a décidé de vendre deux des trois bateaux gérés par les 600 marins de la Scop Sea France. Retour sur une histoire compliquée.

Furieux que leurs bateaux soient cédés à la compagnie concurrente DFDS Seaways, des marins de la Scop SeaFrance qui travaillent pour MyFerryLink ont brûlé des pneus, mardi 23 juin, dans le tunnel sous la Manche, forçant à interrompre le trafic dans les deux sens.

Pourquoi une telle colère ? Parce que ces marins sont déjà, pour un certain nombre, rescapés de la liquidation de SeaFrance. Et que la vente de deux des trois bateaux de MyFerryLink au danois DFDS risque de laisser quelque 400 salariés (sur 600) sans emploi. Retour sur l'histoire tourmentée de la Scop SeaFrance.

Une Scop fondée en 2011 sur les décombres de SeaFrance

La Scop SeaFrance, coopérative qui opère les navires de la compagnie transmanche MyFerryLink, a été fondée en décembre 2011, sur les décombres de l'ex-SeaFrance. Quand cette filiale de la SNCF a été liquidée, 1 500 Calaisiens ont perdu leur emploi. 

Cette coopérative n'avait pas les moyens d'acheter les bateaux, mais un montage a été trouvé à l'époque, explique L'ExpressEurotunnel a acquis trois bateaux de la défunte SeaFrance et les a loués à la nouvelle Scop SeaFrance, qui emploie 600 marins. "Mais c'est encore Eurotunnel qui, via une filiale de commercialisation, MyFerryLink, achète l'ensemble des traversées. A charge pour elle de les revendre à des clients, particuliers et transporteurs, ou de supporter les pertes si les bateaux ne sont pas remplis", poursuit L'Express.

La Scop n'a qu'un client, Eurotunnel

La Scop n'a donc qu'un client, Eurotunnel. D'où une guérilla de la concurrence britannique qui a poursuivi l'exploitant du tunnel sous la Manche devant les autorités européennes. Elle jugeait, explique encore L'Express, qu'"Eurotunnel, qui règne déjà sur la liaison ferroviaire du tunnel sous la Manche, [était] en position dominante sur le détroit maritime". Fin mai, le groupe a donc décidé de ne pas renouveler son contrat avec la Scop, qui court jusqu'au 2 juillet. 

Le 11 juin, Eurotunnel a également annoncé par communiqué la mise en liquidation judiciaire de la Scop, qui "se trouve désormais sous la responsabilité des administrateurs judiciaires désignés par le tribunal".

Eurotunnel se débarrasse de deux bateaux sur trois

Dans le même temps, l'exploitant a rendu publique, le 11 juin, sa décision de vendre deux des trois bateaux exploités par MyFerryLink et la Scop entre Calais et Douvres au concurrent danois DFDS.

Le PDG d'Eurotunnel, Jacques Gounon, a prévenu début juin que l'ensemble du personnel ne serait pas repris par la société danoise et qu'il appartenait à la Scop "de définir avec DFDS les conditions de reprise" des employésEurotunnel a aussi rappelé que les contrats d'affrètement entre sa filiale MyFerryLink et la Scop se terminent le 1er juillet à minuit.

Inquiétude dans un bassin d'emploi très touché par le chômage

Chez les 600 salariés, l'inquiétude règne. Quelque 200 emplois dans la Scop pourraient être sauvés via Eurotunnel et l'activité fret qu'il entend maintenir avec le navire non cédé, auquel devrait s'ajouter une nouvelle unité. Mais le sort des 400 autres employés est en suspens. Eurotunnel précise que 370 salariés travaillent en CDI sur les trois navires et 106 à quai côté français, le solde correspondant à des CDD, plus quelques dizaines de salariés britanniques. Plusieurs centaines de marins pourraient se retrouver sur le carreau.

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