Petroplus : cinq offres de reprise déposées, dont deux "sérieuses et financées" selon Montebourg

Un salarié de Petroplus manifeste sur le site de Petit-Couronne (Seine-Maritime) le 5 février 2013.
Un salarié de Petroplus manifeste sur le site de Petit-Couronne (Seine-Maritime) le 5 février 2013. (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

Les repreneurs avaient jusqu'à ce mardi soir pour déposer leurs offres de reprise de la raffinerie de Petit-Couronne. Elles seront présentées aux salariés lors d'un comité d'entreprise extraordinaire prévu mercredi.

Heureux ou malheureux, l'épilogue est proche pour la triste saga vécue par les 470 salariés de Petroplus : les candidats à la reprise de la raffinerie de Petit-Couronne (Seine-Maritime), en liquidation judiciaire, avaient jusqu'à mardi 5 février 17 heures pour déposer une offre auprès de l'administrateur en charge du dossier.

Cinq offres de reprise "ont été formellement déposées auprès de l'administrateur judiciaire", dont deux "paraissent sérieuses et financées", a annoncé mardi soir le ministère du Redressement productif d'Arnaud Montebourg. "Il s'agit de l'investisseur suisse Terrae et de l'énergéticien égyptien Arabiyya Lel Istithmaraat", a indiqué le ministère, ajoutant que "le gouvernement a accompagné ces repreneurs et poursuit ses efforts au côté des industriels de manière à rendre possible la reprise de la raffinerie de Petit-Couronne".

Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a affirmé mardi dans la journée que le "gouvernement français était prêt à prendre une participation minoritaire au capital", mais si et seulement si "une offre crédible [était] faite".

Les différentes offres seront présentées aux salariés lors d'un comité d'entreprise extraordinaire prévu le 6 février dans l'après-midi. Pour eux, c'est le dernier espoir après une lente descente aux enfers.

2007 - 2011 : un rachat, une crise et une faillite

Lorsque Shell annonce, en août 2007, la vente de ses raffineries de Petit-Couronne et de Reichstett, près de Strasbourg, à Petroplus, la nouvelle est plutôt bonne pour les salariés. Petroplus, raffineur suisse indépendant, est alors en pleine expansion et entend investir sur les deux sites, délaissés par Shell.

Mais en 2008, les perspectives du groupe se dégradent brutalement. Sa stratégie de croissance agressive, dont Les Echos ont retracé le fil, se heurte à la crise. Le plafonnement de la demande européenne, jusqu'ici en partie compensée par les exportations, conduit à une situation de surcapacité qui touche tout le secteur du raffinage. Les deux sites français de Petroplus en font les frais.

La raffinerie Petroplus de Petit-Couronne (Seine-Maritime), le 5 novembre 2012.
La raffinerie Petroplus de Petit-Couronne (Seine-Maritime), le 5 novembre 2012. (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

Le site de Reichstett est le premier à être sacrifié. Pour la raffinerie de Petit-Couronne, le premier coup tombe en octobre 2011 : ses unités d'huiles et de bitumes, qui regroupent 120 emplois sur 550, sont arrêtées. "Nous continuons à améliorer les performances de nos raffineries (...), mais il est apparu clairement que la raffinerie de Petit-Couronne [nécessitait] des changements plus structurels pour améliorer sensiblement sa compétitivité", explique alors Jean-Paul Vettier, directeur général de Petroplus.

Les progrès espérés n'ont pas eu le temps de se réaliser : le 27 décembre 2011, les banques coupent les vivres à Petroplus, refusant de lui accorder les crédits nécessaires à son fonctionnement. Le 24 janvier 2012, Petroplus se déclare en cessation de paiements. La raffinerie de Petit-Couronne est placée en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Rouen.

Avant la présidentielle : des mesures de sursis à l'arrachée 

A cinq mois de l'élection présidentielle, le dossier est pris très au sérieux par le gouvernement de Nicolas Sarkozy. Et par son adversaire. En visite sur le site, le candidat socialiste François Hollande appelle l'Etat à prendre ses "responsabilités" en cherchant un repreneur.

Dans l'attente du chevalier blanc, le gouvernement monte au créneau pour gagner du temps et sauver ce qui peut l'être. Fin février, Nicolas Sarkozy annonce un contrat temporaire avec Shell, l'ancien exploitant : un sursis de six mois qui ne trompe personne, mais donne un peu d'oxygène au site et aux salariés.

Dans le même temps, une loi est votée en urgence au Parlement : désormais, le tribunal de commerce peut saisir les actifs d'une société en faillite dès le stade du redressement judiciaire, auquel se trouve alors la raffinerie, sans attendre la liquidation. Voté avec le soutien de l'opposition socialiste - et notamment de Laurent Fabius, député de la circonscription de Petit-Couronne -, le texte a pour objectif direct de permettre la saisie des stocks pétroliers, et de laisser ce "trésor de guerre" aux salariés de Petroplus, comme l'explique alors Le Monde

Après l'élection de François Hollande : la saga de la reprise et son épilogue

En parallèle, la valse des repreneurs potentiels commence. La date limite de dépôt des offres est initialement fixée au 15 mars 2012 : elle sera repoussée à sept reprises pendant l'année. Trois investisseurs spécialisés dans la reprise d'entreprises en difficulté, Klesch, Goldsmith et GEM Group, déclarent rapidement leur intérêt. Mais ce type d'offres, avant tout financières, ne suscite pas l'enthousiasme des salariés.

Au fil des mois, de nouveaux noms surgissent, d'autres s'effacent. Ainsi, l'Alafandi Petroleum Group (APG), basé à Hong Kong, disparaît de la scène à la fin de l'été 2012 après que son statut pour le moins nébuleux a été mis en avant par la presse. Pendant ce temps-là, les salariés de la raffinerie se rappellent au bon souvenir de François Hollande.

Des salariés de la raffinerie Petroplus de Petit-Couronne (Seine-Maritime), rassemblés le 5 novembre 2012 dans l\'attente des offres de reprise devant être déposées le jour même.
Des salariés de la raffinerie Petroplus de Petit-Couronne (Seine-Maritime), rassemblés le 5 novembre 2012 dans l'attente des offres de reprise devant être déposées le jour même. (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

A l'automne, alors que le découragement commence à poindre, coup de théâtre : à quelques heures d'une énième date limite, Arnaud Montebourg révèle que le fonds d'Etat libyen est prêt à investir. Un nouveau délai est accordé, jusqu'au 5 février 2013. Le ministre du Redressement productif se démène, va à Tripoli (voir le compte-rendu du Monde), évoque même un soutien du Fonds stratégique d'investissement. Las, cette piste fait long feu.

Une autre, considérée comme la plus sérieuse début janvier par les syndicats, serait celle de NetOil, une société basée à Dubaï, et adossée pour l'occasion aux groupes BP et Hyundai. Mais le passé sulfureux de son patron, l'homme d'affaires libano-américain Roger Tamraz, n'inspire guère le gouvernement et les fonds avancés ne seraient pas suffisants. 

Mardi 5 février à la mi-journée, une source proche du dossier affirmait qu'il n'y avait pas d'"offre de reprise ferme et définitive" du site… avant qu'un nouveau repreneur surprise ne se déclare quelques heures plus tard. Un suspense qu'on devine insoutenable pour les salariés.

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