Ascoval : "Il faut protéger le tissu industriel" français

Un camion arrive à l\'aciérie Ascoval, à Saint-Saulve, dans le Nord.
Un camion arrive à l'aciérie Ascoval, à Saint-Saulve, dans le Nord. (FRANCOIS LO PRESTI / AFP)

Invité sur franceinfo, Henri Sterdyniak, économiste à l'OFCE et membre des Economistes atterrés, estime à propos du dossier Ascoval que la stratégie qui consiste à fermer petit à petit toutes les usines "comme un jeu de dominos" aboutira à une catastrophe.

Une réunion se tient, mercredi 31 octobre, à Bercy sur l'avenir de l'aciérie Ascoval. L'État demande notamment à Altifort, candidat à la reprise, la garantie d'avoir plusieurs clients. "Si on n'a plus de débouchés c'est précisément parce qu'on a installé ailleurs les entreprises qui achetaient aux entreprises qu'on veut fermer", analyse sur franceinfo Henri Sterdyniak, économiste à l'OFCE et membre des Economistes atterrés.

franceinfo : Faut-il sauver Ascoval coûte que coûte ?

Henri Sterdyniak : Oui, il faut sauver ce site. La France a besoin d'une industrie sidérurgique, métallurgique pour l'avenir. La Transition écologique va faire qu'il va falloir beaucoup de travaux dans le bâtiment, dans le BTP, dans le transport collectif. Il est important qu'une partie de la production continue à se faire en France. La stratégie, consistant à fermer petit à petit toutes les usines comme un jeu de dominos, finalement, aboutit à une catastrophe qui est que la France perd complètement ses industries.

Sauver une entreprise avec de l'argent public a du sens ou est-ce seulement retarder l'échéance ?

Evidemment, c'est retarder l'échéance si effectivement on se contente de venir ponctuellement au secours d'une entreprise. Le problème est plus global. Est-ce qu'effectivement on a la volonté de maintenir une industrie en France ? L'alternative, on le voit avec Vallourec, c'est que petit à petit, toutes les entreprises françaises utilisent les profits réalisés en France, utilise les subventions que l'Etat leur donne pour aller investir dans les pays à bas salaires ou émergents. Ce n'est pas une solution pour la France. On est quand même engagés dans une Transition écologique. Demain, les transports seront beaucoup plus chers. On aura besoin d'une autonomie de l'industrie française.

Y'a-t-il des précédents de sauvetage réussis ?

Heureusement. On n'a pas entièrement perdu notre capacité de production. Le fait est que la stratégie actuelle est la stratégie de démantèlement, on l'a vu avec Alstom, avec Péchiney. Par contre, on a aidé Peugeot qui aujourd'hui se porte bien. On a aidé Renault. On a aidé des secteurs comme l'aéronautique, l'automobile. Je pense que ce coup de main est indispensable mais ne doit pas être isolé. Il doit s'installer dans une stratégie dans laquelle à la fois, on protège les industries existantes et on leur assure des débouchés utiles. Il faut être capable de produire français pour économiser l'énergie et pour éviter les gaz à effet de serre. Il faut voir plus loin qu'à très court terme. Si on n'a plus de débouchés c'est précisément parce qu'on a installé ailleurs les entreprises qui achetaient aux entreprises qu'on veut fermer. Il faut protéger le tissu industriel.

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