VIDEO. Aides à domicile des personnes âgées : "Je n’ai pas peur de le dire, on fait de la maltraitance"

PIÈCES A CONVICTION / FRANCE 3

Quelque 80 % des Français de plus de 80 ans vivent chez eux plutôt qu’en maison de retraite. Mais ce choix coûte des milliards d’argent public. "Pièces à conviction" a enquêté sur ce phénomène. Extrait.

Pour accompagner les personnes âgées dans leur quotidien, il faut payer des aides et des auxiliaires de vie. Elles sont aujourd’hui débordées et doivent s’occuper chaque jour d’une douzaine de familles. Avec un temps d’aide très chronométré pour la toilette, le ménage et les repas : "Douze familles par jour, c’est trop dur, je n'ai pas peur de le dire, on fait de la maltraitance". avoue une auxiliaire de vie.    

Le budget personnes âgées : le plus gros poste de dépenses des départements

Les associations spécialisées dans la prise en charge des seniors à domicile sont les chefs d’orchestre de ces aides. Mais submergés par les demandes et en manque de subventions, elles sont souvent au bord de la faillite. Et le budget personnes âgées est le plus gros poste de dépenses des départements.

Pour faire des économies, certains élus flirtent avec la légalité. Laurent Somon, président du conseil départemental de la Somme, a été élu sur des promesses de bonne gestion et d’économies budgétaires. Pour faire des économies, il a court-circuité les associations. Ainsi, le département paie moins de locaux et de personnel. Il assure qu’il économise 1 million d’euros. Mais sur le terrain, c’est une autre réalité : "Nous avons été effectivement condamnés sur un certain nombre de cas."    

Nos anciens sont-ils encore une priorité ?  

Pour bon nombre d’entrepreneurs privés, le secteur devient un business avec parfois des méthodes de management contestables. Laurent Bensaïd a créé un groupe, l’Amapa, présent dans presque toute la France. Un groupe qui connaît une croissance fulgurante. Il rachète les associations d’aide à domicile en redressement judiciaire. Mais ses méthodes font fuir les salariées.

En souhaitant garder l’anonymat, de peur de représailles, certaines auxiliaires de l’Amapa craquent : "On fait des heures à gogo et puis on nous les paie pas. C’est honteux." Beaucoup d’entre elles se tournent vers les prudhommes. Malgré ses méthodes contestées, Laurent Bensaïd se défend : "On est traités de vautours mais ce n’est pas ce que nous faisons." 

D’ici à 2050, la population âgée sera multipliée par trois en France. Peut-on encore garder papi et mamie à la maison ? Et surtout à quel prix ?

Extrait de "Faut-il garder mamie à la maison ? Enquête sur le maintien à domicile des personnes âgées", diffusée dans "Pièces à conviction" le 6 février 2019. 

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