Relaxe de décrocheurs du portrait d'Emmanuel Macron : "Le juge a été très courageux, cette décision restera dans l'histoire"

Cécile Duflot, le 6 décembre 2018, à Paris.
Cécile Duflot, le 6 décembre 2018, à Paris. (ERIC PIERMONT / AFP)

Cécile Duflot, directrice générale de l'ONG Oxfam France, réagit mardi sur franceinfo à la décision du tribunal correctionnel de Lyon de relaxer deux "décrocheurs" d'un portrait d'Emmanuel Macron.

Deux "décrocheurs" d'un portrait d'Emmanuel Macron, en février 2019, poursuivis pour vol en réunion, ont été relaxés lundi par le tribunal correctionnel de Lyon. Le juge justifie sa décision par "l'état de nécessité" et un "motif légitime" face à l'inaction de l'Etat contre le réchauffement climatique. "Le juge a été très courageux, cette décision restera dans l'histoire", a réagi, mardi 17 septembre sur franceinfo, Cécile Duflot, directrice générale de l'ONG Oxfam France.

franceinfo : Vous avez témoigné lors de ce procès. Que pensez-vous de ce jugement ?

Cécile Duflot : C'est un évènement, un grand évènement. J'avais dit devant le tribunal que parfois ce pouvoir démocratique, qu'est la justice, avait fait avancer les choses dans un certain nombre de domaines. Parfois, c'est dans ces enceintes-là que des juges courageux prennent des décisions qui donnent du sens. Il y a trois choses très importantes dans ce jugement, c'est la reconnaissance de l'inaction climatique et du péril réel ; le fait qu'on puisse légitimement, quand on est citoyen, interpeller le pouvoir exécutif et le président de la République d'une autre manière que par les élections ; et cette décision de relaxe. Il y a une possibilité d'agir face au danger extrême qu'est la crise climatique.

Avec ce jugement le juge encourage-t-il la désobéissance civile ?

Il a été très courageux, mais il n'encourage pas la désobéissance civile. Il dit que la réalité du dérèglement climatique est avérée et que le gouvernement a pris des engagements qu'il ne tient pas. C'est cela qui est le plus important, c'est la reconnaissance de l'inaction climatique du gouvernement français par la justice française.

Un juge doit-il dire ce qui est légitime ou ce qui est légal ?

C'est le principe même des décisions du juge. Elle [la décision] n'est pas égale pour tous les prévenus. Il y a des circonstances, des explications, donc sa décision est fondée. Elle est courageuse, il faut lire en entier parce qu'il [le juge] explique le processus par lequel il aboutit à cette relaxe. Ceux qu'elle devrait interroger, ce sont ceux qui sont au pouvoir et qui ne protègent pas les citoyens de ce péril imminent qu'est le dérèglement climatique.

Cette décision va-t-elle faire jurisprudence ?

Elle s'inscrit dans une longue histoire où ce sont les tribunaux qui, parfois, ont été en avance et ont interpellé le pouvoir exécutif sur des situations qui étaient des situations de manque de droit. C'est une bonne chose que le tribunal ait pris cette décision. Je crois que quoi qu'il arrive, cette décision du tribunal correctionnel de Lyon restera dans l'histoire.

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