Entre coups de sang et rebondissements rocambolesques, cinq temps forts du procès Balkany

Patrick Balkany quitte le tribunal correctionnel de Paris, le 22 mai 2019.
Patrick Balkany quitte le tribunal correctionnel de Paris, le 22 mai 2019. (SAMUEL BOIVIN / NURPHOTO / AFP)

Le procès des époux Balkany entre dans sa dernière ligne droite, mardi. Le maire et la première adjointe de Levallois-Perret encourent jusqu'à dix ans de prison, notamment pour "blanchiment habituel de fraude fiscale aggravée" et, pour lui, "corruption passive".

Depuis presque un mois, les coups d'éclat se succèdent au procès des époux Balkany, qui entre dans sa dernière ligne droite mardi 11 juin. Après avoir étudié les accusations de fraude fiscale, le tribunal correctionnel de Paris se focalise désormais sur les soupçons de blanchiment, corruption et prise illégale d'intérêts qui visent le maire LR de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), son épouse et leur fils.

Dans ce volet, l'étude des faits a pris fin le 6 juin. Ce mardi, place à l'étude des personnalités des prévenus avant un ultime réquisitoire jeudi. Isabelle Balkany étant hospitalisée, seul Patrick Balkany a jusqu'ici assisté à une audience riche en rebondissements et en sorties extravagantes.

1Quand Patrick Balkany reprend son avocat sur son âge

Le maire de Levallois a donné le ton dès l'ouverture du procès. A l'issue de la première journée d'audience et devant une forêt de caméras et de micros, Patrick Balkany a repris publiquement son avocat sur son âge. 

Eric Dupond-Moretti évoquait l'absence d'Isabelle Balkany au procès, hospitalisée après une tentative de suicide début mai. "Madame Balkany est dans un état psychologique très fragile, c'est incontestable. Son mari, qui a 71 ans, l'a découverte inanimée et la pensait morte…" a commencé l'avocat avant d'être coupé par son client : "Soixante et onze bientôt, ne me vieillissez pas. Soixante-dix, ça me suffit !"

Quatre jours plus tard, sur le plateau de la Radio Télévision Suisse, l'avocat reconnaît que l'incident l'a rendu "fou de rage". "Je suis vraiment fâché. Parce qu'à ce moment-là, c'est moi qui avais la parole, il me corrige là-dessus et ça atténue évidemment la portée de mon propos", explique-t-il. 

2Quand sept billets de 500 euros sont envoyés au pressing

Après ce premier accroc, la deuxième journée donne aussi lieu à des scènes savoureuses. Ce jour-là, le tribunal revient sur une plainte émanant de l'administration fiscale de l'Eure et datant du 1er juin 2016. Le couple Balkany est soupçonné d'avoir minoré ses revenus entre 2009 et 2014, et de s'être soustrait à l'ISF et à la contribution exceptionnelle sur la fortune. L'enquête s'est engagée à prouver "la discordance supposée entre les revenus déclarés et le train de vie du couple"

Au procès, la lecture des témoignages des employés de maison du couple les accable : comme le raconte LCI, Isabelle Balkany aurait payé, pendant plusieurs années, ses courses à l'hypermarché du coin munie de billets de 500 euros. Parmi ces témoignages qui font tache pour la défense, un salarié du pressing où le couple a ses habitudes, qui assure avoir trouvé un jour 3 500 euros en billets de 500 euros "dans une poche d'un costume de Patrick Balkany". Salomé Legrand, journaliste à Europe 1, a consigné ces témoignages sur Twitter. 

3Quand Patrick Balkany évoque la spoliation des juifs

Dix jours après le début du procès, le président du tribunal interroge Patrick Balkany sur l'achat de la propriété de Giverny (Eure) et du terrain de la villa Serena, sur l'île de Saint-Martin, acquis en 1989. Est notamment abordée l'origine de sommes importantes rapatriées de Suisse pour financer ces acquisitions. Tout en avouant avoir omis de déclarer ce pactole, le prévenu se défend : "Cet argent provenait de mon père à l'étranger." Le père de Patrick Balkany était un juif hongrois, rescapé d'Auschwitz. Il lui aurait légué des avoirs en Suisse et des "lingots d'or", convertis en cash "qu'il fallait bien utiliser", selon le prévenu.

Après avoir affirmé que "beaucoup ont eu des avoirs par leurs parents, pendant la guerre", Patrick Balkany s'agace face aux interrogations sur le destin de cette fortune : "Si les familles juives de France se méfiaient, elles ont eu des bonnes raisons. Tous ceux qui ont été déportés au Vel'd'Hiv avaient de quoi se méfier. Et malheureusement, je m'aperçois, avec les gracieusetés reçues sur les réseaux sociaux, que l'antisémitisme n'a pas disparu." Il continue sur sa lancée : "Le fisc et l'Etat français n'ont pas été spoliés. Et je sais ce que toute la communauté a connu en matière de spoliation", ajoute-t-il, évoquant les biens confisqués aux juifs sous l'Occupation. Puis il lâche : "J'ai l'impression qu'à défaut de faire mon procès, on fait le procès des juifs qui, après la Libération, ont pris leurs dispositions."

Après ces propos, une suspension de séance lui est accordée, à sa demande. A la reprise de l'audience, l'ambiance s'apaise, mais Patrick Balkany évoque à nouveau son père "qui s'est battu pour la France, a été déporté, considéré comme un véritable héros", qui est mort "d'une septicémie en trois jours" et à qui, aujourd'hui, on fait "un mauvais procès car il avait gardé de l'argent à l'étranger".

4Quand sa défense est détruite en quelques minutes par un témoin

Comme le décrit Le Monde, il a fallu tout au plus un "quart d'heure" à Marc Angst, dirigeant de la fiduciaire suisse Gestrust, pour démolir la défense que Patrick Balkany construisait depuis le début du procès. Ce mercredi 5 juin, il est question du riad Dar Gyucy de Marrakech. Les époux Balkany sont soupçonnés d'avoir réalisé un montage financier complexe pour l'acquérir, grâce à une société civile immobilière (SCI) marocaine détenue par une société panaméenne et baptisée Dar Gyucy, reprenant les prénoms de leurs petits-enfants (Gyula et Lucy).

Devant le tribunal, le maire de Levallois-Perret nie une nouvelle fois que le riad lui appartient. Selon lui, la somptueuse demeure est la propriété d'un riche promoteur saoudien, Mohamed Al-Jaber. Ce dernier, poursuivi pour corruption active, est soupçonné d'avoir réglé une partie du prix du riad en échange de délais de paiement supplémentaires dans un énorme contrat pour des tours jumelles à Levallois, jamais sorties de terre. 

Mais devant la cour, le témoignage de Marc Angst, financier suisse à l'origine du fameux montage financier, change tout. Il affirme l'existence d'un arrangement entre Patrick Balkany, son bras droit Jean-Pierre Aubry et l'avocat Arnaud Claude, deux fidèles du maire présents sur le banc des prévenus, qui auraient orchestré l'achat du riad, conclu en janvier 2010 pour un montant de 2,75 millions d'euros.

Jean-Pierre Aubry aurait notamment, selon Marc Angst, servi de prête-nom au maire de Levallois pour finaliser l'acte de vente. Appelé à la barre en qualité de témoin, le financier relate une conversation à laquelle auraient participé Jean-Pierre Aubry et Arnaud Claude : "Aubry me dit : 'Marc, vous savez que je porte pour mon ami Balkany ?' J'ai dit non. Aubry m'a dit : 'Je sais que j'ai fait une erreur. Mais c'est un ami, je lui dois énormément. Même si je vais en prison, je le défendrai jusqu'au bout.'"

5Quand Patrick Balkany joue la corde sensible aux derniers jours de son procès

"Pendant trente-cinq ans, je n'ai fait qu'aider les autres" : dans sa dernière prise de parole, mardi, avant le réquisitoire du parquet national financier, attendu jeudi 13 juin, Patrick Balkany assure "regretter" sa "manie de toujours vouloir faire plaisir". "Par exemple, je regrette d'avoir demandé à Jean-Pierre [Aubry] et à Arnaud [Claude] d'aider ce monsieur, déclare-t-il en désignant Mohamed Al-Jaber, lors d'une journée d'audience consacrée à l'examen de sa personnalité. Si je ne l'avais pas demandé, on n'en serait pas là."

"On a voulu aider Al-Jaber, on a eu tort. On n'aurait pas dû", insiste Patrick Balkany à la sortie de l'audience, face aux journalistes qui l'attendent. "On souffre de ce que vous écrivez tous les jours, on souffre des réseaux sociaux, de ce qui est repris, mal repris. (…) Oui, j'ai souffert de ce que ma femme s'est auto-infligée depuis. Oui, on souffre, oui je souffre, vraiment", a martelé, lyrique, Patrick Balkany.

Il a choisi le registre de l'émotion et joue sur la corde sensible. Le ton est plus calme, plus posé qu'au début du procèsL'avocat d'Isabelle Balkany a, lui, lu une lettre à l'audience où elle reconnaît également une "faute sans détour" : ne pas avoir déclaré une résidence antillaise, la villa Pamplemousse, achetée avec de l'argent familial caché en Suisse. "Si ce que j'ai fait pendant trente-cinq ans ne méritait, certes, pas d'honneur particulier, il ne méritait pas non plus la haine et l'opprobre qui m'ont brisée", conclut Isabelle Balkany, qui se défend toutefois dans cette missive de vouloir "s'ériger en victime".

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